30.03.2026

Air Antilles : une "provision" qui sème le doute... même auprès d'élus de la majorité

Sans surprise la délibération portant sur une opération liée à Air Antilles a créé un débat animé entre les élus du conseil territorial en séance plénière vendredi dernier.

La COM doit en effet dégager une «provision pour dépréciation des actifs financiers». Il s'agit d'une opération technique rendue obligatoire par loi dans le cadre d'un redressement judiciaire, situation dans laquelle la compagnie se trouve depuis le 2 février. «Conformément au principe comptable de prudence, la collectivité doit apprécier les risques susceptibles d’affecter la valeur de ses actifs et, le cas échéant, constituer les provisions ou dépréciations nécessaires. De plus, dès l’ouverture d’une procédure collective, une provision doit être constituée pour les prêts et créances, les avances de trésorerie et les participations en capital accordés par la collectivité à l’organisme concerné. Cette provision est constituée à hauteur du risque d'irrécouvrabilité ou de dépréciation de la créance ou de la participation, estimé par la Collectivité», est-il expliqué.

La COM a calculé la provision sur la moitié de la somme qu'elle souhaite injecter dans le capital d'Air Antilles après le versement de 4 millions par un nouvel actionnaire. Pour rappel, la COM a consenti il y a deux ans 6 millions d'euros en compte courant associé et veut les transformer en capital. Toutefois, elle ne peut les transférer dans leur intégralité : elle doit d'abord verser 3,333 millions puis 2,667 millions. C'est donc sur la moitié de cette somme que la COM a calculé sa provision et obtenu le montant arrondi de 1,4 million d'euros.

Comme la directrice générale des services l'avait expliqué lors du débat sur les orientations budgétaires le mois dernier, cette mesure doit être soumise au vote des élus du conseil territorial et inscrite au budget primitif 2026, sinon le budget sera considéré comme insincère.

Pour les deux oppositions formées par les partis de Jules Charville et Daniel Gibbs, cette délibération est incompréhensible. Le premier a souligné le «problème juridique» en répétant que la délibération mentionne la Sem Air Antilles et non New Air Antilles, soit l'appellation votée en 2023 par les élus. Il s'interroge aussi sur le montant à provisionner, le contexte et le manque de transparence de la part de la compagnie qui n'a pas révélé le contenu d'un audit ordonné et annoncé à la radio par Louis Mussington.

Les deux oppositions regrettent d'être invitées à voter un montant en ignorant le plan de continuation et les comptes de l'entreprise. «On raisonne sur un futur hypothétique.» «Les comptes existent mais on ne les connait pas.» «Où en sont les négociations avec le repreneur ? » «On n'a toujours pas de bilan.» «On prend en considération le risque de perte. Ce risque est-il uniquement de 1,4 million d'euros ? » Autant d'interrogations et remarques formulées par la Team Gibbs, restées pour la plupart sans réponse.

Mais ce ne sont pas les seuls à avoir émis des réserves. La sénatrice et conseillère territoriale, Annick Petrus, a elle aussi exprimé des doutes. Elle s'est notamment dite dubitative «sur le montant dérisoire eu égard au risque» pris ou à prendre par la COM, alors que la législation impose «un montant prudent, réaliste, justifié et proportionné». Elle s'interroge alors sur les conséquences d'une sous-estimation du risque, «du montant par rapport à la dette». Elle craint ainsi que le budget 2026 puisse «être qualifié d'insincère». Et donc qu'il devra être corrigé et revoté.

Elle regrette en outre que les raisons justifiant cette provision ne se basent que sur «un fait», celui de «la reprise d'Air Antilles». «Or, aujourd'hui, nous n'avons aucune certitude qu'il y aura un repreneur», a-t-elle ajouté. Pour elle, les élus doivent définir une provision avant le 2 avril, date à laquelle le tribunal se prononcera sur la suite de la compagnie. «Ce qui me gêne énormément. On nous demande de voter, or tout repose sur une décision qui sera postérieure au vote», a-t-elle confié.

«Vu les «complexités financières de la Sem Air Antilles et les probables poursuites qui en découleront», Annick Petrus «préfère être prudente». «Et lorsque j'ai un doute, je m'abstiens», a-t-elle rappelé. Deux autres élus au sein de la majorité, Valérie Fonrose et Raphaël Sanchez, se sont également abstenus mais n'ont pas justifié leur position de vote.

Quant aux six membres de l'opposition, ils ont tous voté contre la délibération. Au final, elle a été adoptée par seulement neuf voix ; Louis Mussington, Valérie Damaseau et Alain Richardson, membres du conseil d'administration de la compagnie, s'étaient déportés avant le débat. La séance avait été présidée par la vice-présidente Bernadette Davis.

Estelle Gasnet