08.04.2016

Tentative d'homicide sur Pascal Morelle : retour sur une affaire qui a défrayé la chronique

Les deux frères accusés d'avoir tiré sur Pascal Morelle pour l'un et de complicité pour l'autre, ont été jugés jeudi par le tribunal de Saint-Martin.

Ses explications n’ont finalement pas convaincu le tribunal correctionnel de Saint-Martin qui a condamné SL à une peine de cinq ans de prison ferme pour avoir tiré sur Pascal Morelle le 26 juin 2011. Son frère, DL, accusé de complicité, a été relaxé. Retour sur cette affaire.

Contexte

Le 26 juin 2011 a lieu à la MJC de Grand Case un gala de boxe dont l’invité d’honneur est Brahim Asloum. Le gala terminé, la soirée se poursuit au Shore. Pascal Morelle y assiste. Dehors se trouvent des jeunes qui se sont vu refuser l’accès au gala à cause de leur comportement. Les jeunes jettent des pierres et l’une d’elle manque d’atteindre la compagne de Pascal Morelle alors qu’elle entre au Shore. Quelques minutes plus tard, Pascal Morelle sort de l’établissement pour obtenir des explications avec les jeunes. Le ton monte rapidement. La tension est grande. Il est assez virulent. Pascal Morelle pousse l’un des jeunes. Une altercation a lieu entre Pascal Morelle et un homme plus âgé. Des gendarmes en civil participant à la soirée sortent de l’établissement. Une patrouille est également envoyée sur place. Le gérant du Shore sort aussi de l’établissement, discute avec Pascal Morelle et retourne à l’intérieur avec lui.

Les faits

Quelques minutes plus tard, Pascal Morelle quitte Le Shore avec sa compagne. Ils se dirigent vers leur voiture. Il est 2h58 et l’éclairage public est coupé. Pascal Morelle monte dans sa voiture lorsqu’un individu portant une tenue kaki et une cagoule s’approche de lui. Il est armé d’un fusil à pompe. Il tire à trois reprises à travers la vitre du véhicule. Pascal Morelle est blessé grièvement au niveau du thorax, du fémur (blessure de 9x7 cm) et de la fesse gauche. Sa compagne est indemne car elle se trouve dans une autre voiture. La victime est admise au centre hospitalier à Marigot et sera évacuée vers la Martinique. Son pronostic vital est engagé durant cinq jours. Elle sera ensuite transférée à Paris pour suivre d’autres soins. Elle est aujourd'hui encore en fauteuil roulant. 

L’enquête

Rapidement les gendarmes arrêtent deux individus, deux frères, SL et DL. Le plus âgé (23 ans au moment des faits) est interpellé en premier. Il est suspecté d’être l’auteur des tirs. Il a été dénoncé par Pascal Morelle et par sa compagne. A sa sortie du coma, il est interrogé par les gendarmes et reconnaît SL sur une planche de photos. Il le reconnaît à sa tenue de camouflage, à sa natte avec des perles dépassant de la cagoule et à sa morphologie. Pascal Morelle se dit catégorique et justifie son assurance par le fait qu’il est physionomiste, une aptitude acquise lors de son expérience professionnelle de garde du corps.

SL, c’est aussi l’homme avec lequel Pascal Morelle s’est fortement disputé plus tôt dans la soirée. Plusieurs témoignages attestent de la virulence des deux hommes. Son ADN sera aussi retrouvé sur l’une des cartouches qui a touché Pascal Morelle.

Quelques jours plus tard, son frère, DL (18 ans au moment des faits), sera aussi interpellé. Il est accusé de complicité. Il est soupçonné d’avoir éteint l’éclairage public pendant cinq minutes, les cinq minutes durant lesquelles les tirs ont eu lieu. Il est aussi suspecté d’avoir fourni des cartouches à son frère car son ADN sera aussi retrouvé sur l’une des cartouches ramassées après la fusillade.

Une juge d’instruction a été saisie de l’affaire. Les deux frères seront interrogés à plusieurs reprises. Ils ont été placés en détention provisoire durant un an pour le plus jeune et un an et demi pour le plus âgé. A leur sortie, ils ont fait l’objet d’un contrôle judiciaire.

En février 2013, une reconstitution des faits a lieu à Grand Case. Pascal Morelle et sa compagne ont fait le déplacement de métropole pour y assister. Les deux frères sont aussi présents. De même que le gérant du Shore dont le témoignage avait été recueilli par les gendarmes. Il avait notamment rapporté qu’en sortant de son établissement pour aller uriner, il avait aperçu deux hommes vêtus de tenues de camouflage et accroupis près du boîtier EDF. Pensant qu’ils préparaient un mauvais coup, il était rentré pour appeler les gendarmes et c'est à ce moment qu’il avait entendu les tirs. A noter que l’affaire a été requalifiée, c’est pour cela qu’elle a été examinée par le tribunal correctionnel de Saint-Martin et non pas par la Cour d’assise. Au final, SL était poursuivi pour violence aggravée par le port d’une arme et le visage dissimulé.

La version des frères

Ils ont toujours nié leur implication. Ils ont reconnu qu’ils étaient présents à Grand Case dans la soirée mais qu’ils étaient partis tôt, après que SL ait eu «un problème» ou échange tendu avec Pascal Morelle. SL a ramené son frère chez leur mère à Chevrise puis est rentré chez lui à Grand Case. Il était fatigué et est allé se coucher. Il a été réveillé par sa copine lorsque celle-ci a entendu les tirs.

Plusieurs semaines plus tôt, quelqu’un lui avait demandé des cartouches pour aller tirer les canards et les oiseaux. N’en ayant pas, il avait alors demandé à l’une de ses connaissances de lui en fournir. C’est ainsi, en tant qu’intermédiaire, qu’il aurait touché les cartouches, précisément celle sur laquelle son ADN a été retrouvé. Mais à aucun moment durant l’enquête, il ne donne des indications permettant d’identifier le fournisseur et le destinataire des cartouches.

Dans une lettre adressée à sa mère quelques jours après son incarcération (lettre saisie par les autorités), il explique que lors de la soirée à Grand Case, il a vu l’homme à qui il avait donné les cartouches, celui qui devait aller tirer les canards. De plus, il a justifié la possession d’un fusil de calibre 12 retrouvé chez lui lors de la perquisition par le fait qu’il voulait le nettoyer et/ou le réparer. Il nourrit en effet la passion de réparer les objets cassés.

Aux magistrats, il confie en outre soupçonner les gendarmes d’avoir posé son ADN sur la cartouche. «Ils m’en veulent, j’ai toujours eu des problèmes avec eux», dit-il. Quant à DL, le plus jeune frère, il nie également avoir coupé l’éclairage public et avoir fourni les cartouches.

Tout au long du procès, leur conseil a cherché à montrer que les preuves avancées par les enquêteurs n’étaient pas suffisantes et que l’accusation de SL reposait sur les seules dénonciations de Pascal Morelle et de sa compagne. Et de se demander sur la capacité de ceux-ci à avoir vu le tireur qui était cagoulé et dans l’obscurité puisque l’éclairage public était coupé.

La victime

L’affaire avait défrayé la chronique à l’époque car la victime était bien connue des services de police et de la population. Surnommé le «justicier de Saint-Martin», Pascal Morelle avait en effet alimenté la rubrique faits divers durant des mois. Il avait notamment agressé l’un des employés de La Poste et le personnel de l’hôpital car il trouvait que la qualité des services n’était pas suffisante. Il avait lui-même arrêté les cambrioleurs (des mineurs) de sa maison mais de manière violente puisqu’il les avait ligotés et séquestrés. Pascal Morelle comptait alors pas moins de onze condamnations. Au moment des faits, il était d’ailleurs interdit de séjour sur l’île de Saint-Martin.

Réquisition du parquet

Si le comportement de Pascal Morelle n’est pas «glorieux» et qu’il est un «gros délinquant», «rien ne justifie dans un état de droit qu’un individu armé lui tire dessus», a déclaré Michaël Ohayon, le vice-procureur. Il estime en outre que «Pascal Morelle n’avait aucun intérêt à dénoncer un tel plus qu’un tel». Au vu du mobile et des preuves (ADN, altercation, etc.), il demande au tribunal d’entrer en voie de condamnation et requiert une peine de cinq ans d’emprisonnement à l’encontre de SL. Par contre, il admet que les preuves à l’encontre du DL, ne sont pas aussi grandes. Il reconnaît qu’aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur le disjoncteur. Que la démonstration de son implication est «impossible». Il ne requiert aucune peine et s’en remet à «la sagesse du tribunal».

Délibéré

Après en avoir délibéré, le tribunal de Saint-Martin prononce la relaxe de DL. Il a en revanche suivi les réquisitions du parquet à l’encontre de SL, celui-ci est donc condamné à cinq ans de prison ferme. La constitution de partie civile de Pascal Morelle et de sa compagne a été reçue et sera examinée sur intérêt civil en juin.

Estelle Gasnet