23.03.2016

33 secondes qui coûtent 4 ans de prison ferme

L’un des deux auteurs d’un vol à main armé commis en juillet 2015 a été présenté en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Saint-Martin.

Les raisons pour lesquelles il a commis le vol à main armée n’ont pas convaincu le parquet. Le prévenu, un homme de vingt-trois ans et originaire de la Dominique, a expliqué qu’il avait été menacé par son fournisseur en cannabis envers qui il avait une dette. «Il m’a dit soit tu me rembourses, soit je te tue», raconte le prévenu. Et comme il ne pouvait pas rembourser, le fournisseur l’a obligé à l’accompagner à commettre un braquage.

Sceptique, le vice-procureur l’est resté à cause du montant de ladite dette, soit 95 dollars. Michaël Ohayon estime en effet que le prévenu, titulaire d’allocations Pôle Emploi à hauteur de 700 euros par mois et complétant ses revenus avec des petits jobs, était en mesure de rassembler suffisamment d’argent relativement facilement. «Ce n’était pas une dette de 3 000 dollars… Il pouvait demander de l’argent à sa famille, faire des jobs…», a-t-il considéré.

Selon l’enquête sociale réalisée selon la procédure, le prévenu est «immature» et semble ne pas prendre toute la mesure de la situation dans laquelle il est. A la barre du tribunal, il formule à plusieurs reprises des regrets et veut présenter ses excuses à l’employée de la supérette, qui a été menacée. Il admet que c’était une erreur. «C’était la première fois pour moi… Je ne savais pas comment ça marchait…», a-t-il précisé. «Ce n’est pas un délinquant chevronné», a admis Michaël Ohayon.

 

IDENTIFIÉ GRÂCE À UNE CHAUSSETTE

Le vol à main armée a duré 33 secondes selon les images des caméras de surveillance exploitées par les gendarmes. Le 1er juillet 2015, aux alentours de 17h15, deux individus dont les visages sont cachés, pénètrent dans la supérette située à Grand Case. L’un deux saute par dessus le comptoir, saisit l’employée au niveau du cou et la somme de lui donner l’argent de la caisse. Pendant ce temps, le second individu (le prévenu), armé, la surveille. Avec 280 dollars et euros en poche, ils repartent à scooter. En laissant un indice qui va se révéler crucial pour les enquêteurs, à savoir une chaussette.

En effet, un peu plus tard, l’employée de la supérette récupère par terre cette chaussette qu’elle ne touchera pas avant l’arrivée des gendarmes. Elle est examinée par les techniciens et une trace ADN est trouvée. Elle correspond à cet homme de vingt-trois ans jugé ce mercredi, inscrit dans le fichier suite à une ancienne procédure liée à la détention de produits stupéfiants. C’est ainsi qu’il a été identifié, interpellé et présenté devant le tribunal correctionnel de Saint-Martin en comparution immédiate*.

En garde à vue, il a reconnu les faits et livré des informations quant à son acolyte. Cependant, ces éléments dont la véracité est remise en cause par les autorités judiciaires, n’ont pas permis d’identifier et d’arrêter le co-auteur du braquage.

Titulaire d’un CAP charpentier, le prévenu dont la carte de séjour expire le mois prochain, n’avait pas d’emploi stable et projetait ainsi de retourner en Dominique avec sa famille. «Ils devaient acheter les billets d’avion la semaine prochaine», a indiqué son avocate. «We wanted to go home»**, a d’ailleurs lâché la mère, en sanglots, après la lecture du délibéré à l’audience.

Malgré un casier judiciaire vierge, le tribunal a suivi les réquisitions du vice-procureur et a prononcé une peine de cinq ans d’emprisonnement dont un an assorti du sursis simple. Un mandat de dépôt a aussi été délivré, signifiant le transfert en prison en Guadeloupe dans les heures suivantes.

Le jeune homme était arrivé à Saint-Martin alors qu’il avait neuf ans. Il est aujourd’hui père de deux filles qu’il n’a pas reconnues. Toutes deux habitent avec leur mère, l’une en métropole, l’autre en Guadeloupe.

 

*Il était aussi poursuivi pour détention de cannabis. Il avait été contrôlé le 16 mars dernier en possession de 28 grammes d'herbe de cannabis par les gendarmes.

** «Nous voulions rentrer à la maison… »

 

Estelle Gasnet