Tribunal : soupçonné d’infidélité, il reçoit une casserole d’huile bouillante
Le vendredi 18 septembre, le tribunal de proximité de Saint-Martin a examiné une affaire de violences commises par une personne ayant été conjoint.
Le 24 juin dernier, à 4 heures du matin, les militaires de la gendarmerie sont sollicités pour se rendre au centre hospitalier Louis-Constant Fleming. Ils y retrouvent J.D, arrivé dans la nuit pour de graves brûlures. Après sa prise en charge, l’homme est entendu par les forces de l’ordre. Il leur explique qu’il était en train de dormir lorsque L.B, sa compagne, lui a jeté sur le corps une casserole d’huile bouillante, tout en le confrontant au sujet de son infidélité. Il suppose qu'elle serait tombée sur des messages, ce qui aurait provoqué sa colère.
J.D. rapporte également que leurs deux fils, âgés de 13 et 14 ans et issus chacun d’une précédente union, étaient présents au domicile au moment des faits. S’ils n’ont pas été témoins directs de la scène, ils ont néanmoins entendu les cris et constaté les blessures.
Le certificat médical fait état de brûlures couvrant 14 % de la surface corporelle, au deuxième degré superficiel. Le visage, le cou, le thorax ainsi que la face antérieure des deux bras ont été touchés. À l’issue de l’expertise, une incapacité totale de travail (ITT) de 30 jours a été fixée.
Des preuves fallacieuses
Lors de son audition, comme à l’audience, la prévenue reconnaît les faits et indique les regretter. Si elle ne nie pas avoir agi de manière impulsive, elle présente cependant son geste comme une réaction à un cumul de violences. Déjà victime de violences conjugales dans une précédente relation, le coup qu’elle aurait reçu au visage ce soir-là l’aurait poussée à réagir.
« Nous ne sommes pas sur un petit dossier » appuie l’avocate de J.D en montrant les photos de ses brûlures. « J’ai peur que, pour une histoire de jalousie, vous soyez en train de monter un dossier de violences conjugales. On essaye de déplacer la responsabilité sur la victime » souligne-t-elle, tout en reconnaissant l’infidélité de son client. L’avocate déplore également l’ajout au dossier de pièces qu’elle juge fallacieuses, notamment des captures d’écran sur lesquelles certains messages, dont des menaces, auraient été ajoutés.
« Jeter de l’huile au visage dépasse largement le cadre d’un conflit conjugal. C’est un passage à l’acte d’une extrême violence » affirme la vice-procureure de la République. Elle souligne néanmoins le casier judiciaire vierge de la prévenue ainsi que sa prise en charge psychologique. Pour ces faits, elle requiert 18 mois d’emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, assortis d’une obligation de soins, d’indemnisation de la victime, d’une interdiction d’entrer en contact avec cette dernière ainsi que de paraître à son domicile.
Un cumul de souffrances
« Je ne vais pas plaider la légitime défense. Je demande simplement à votre juridiction de prendre en compte le contexte » plaide l’avocate de la défense, qui évoque notamment « le syndrome de la femme battue ». Pour expliquer le geste de L.B, elle met en avant les violences psychologiques et physiques qu’elle aurait subies pendant plusieurs années. Des éléments qui, selon elle, sont corroborés par l’expertise psychologique de la trentenaire. « C’est le cumul de ses souffrances qui a fait qu’elle a craqué » défend-elle, en soulignant également le passé violent de la victime.
Après en avoir délibéré, le tribunal déclare la prévenue coupable. En répression, il la condamne à 24 mois d’emprisonnement, dont 12 mois assortis du sursis probatoire pendant une durée de deux ans. Concernant les peines complémentaires, le tribunal décide de suivre les réquisitions de la vice-procureure.
Il rejette par ailleurs la demande de non-inscription de la condamnation au casier judiciaire formulée par l’avocate de L.B.Enfin, le tribunal reçoit la demande de constitution de partie civile et renvoie l’affaire sur les intérêts civils au 2 février 2027 à 14 heures.













