17.12.2018

Epicerie de la marina royale : d'Homs à Marigot

A L'OCCASION D'UNE SÉRIE DE PORTRAITS DE COMMERÇANTS QUI ONT RELEVÉ LE DÉFI DE S'INSTALLER OU DE REVENIR À MARIGOT, RENCONTRE AVEC Ibrahim Shadi, gérant d'une épicerie à la marina royale depuis février 2018.

Avant, Ibrahim Shadi était avocat. Avant que la guerre ne ravage son pays, la Syrie. Pour fuir cette guerre, des milliers de Syriens tentent leur chance par la mer. « C’était trop risqué, beaucoup meurent pendant la traversée entre la Turquie et la Grèce » explique Ibrahim. Alors, avec sa femme, il quitte Homs et passe au Liban au printemps 2015. Ils entament un long périple en avion vers le Brésil, « l’un des rares pays de l’Ouest qui accepte de délivrer des visas touristes aux détenteurs d’un passeport syrien ».

Le couple, chrétien, a de la famille à Sao Paulo et y reste environ un mois puis part à la Dominique. Mais quelques semaines plus tard, la tempête tropicale Erika frappe l’île. « Tout était détruit. Il n’y avait même pas de vols. Alors on a pris un bateau pour la Guadeloupe » se souvient Ibrahim. De là, ils prennent l’avion pour Saint-Martin, car son frère, qui a la nationalité américaine, vit côté hollandais et peut les héberger. « Au début, c’est lui qui nous a entretenus comme nous n’avions pas d’argent » confie Ibrahim qui a depuis obtenu le statut de réfugié.

Il ne peut exercer le métier d’avocat car son diplôme n'est pas valable en France et son niveau de français est insuffisant pour passer une équivalence. « Je suis trop vieux pour reprendre les études et maintenant j’ai une famille à nourrir » avance l'homme âgé de 36 ans. Sa femme était pharmacienne en Syrie mais la barrière de la langue l’empêche elle aussi de travailler dans son domaine. Ils ont déjà suivi deux formations en langue pour atteindre le niveau A2 et attendent que s’ouvre un groupe du niveau intermédiaire.

Un an après son arrivée, Ibrahim trouve un travail dans une épicerie de la rue de Hollande. Il a appris l’anglais à l’école mais au début son niveau est un peu faible. Depuis, il parle couramment : « j’ai pratiqué tous les jours comme ici tout le monde parle anglais ». Il rêve d’ouvrir son propre business. Il passe son permis de conduire, fait toutes les démarches administratives, aidé par son frère. Puis vient Irma, qu’il qualifie de « désastre », même si on comprend que c'est moins dur que la guerre : « notre appartement a eu quelques dégâts mais a bien tenu dans l’ensemble. Le plus dur pour les habitants c'était de manquer d'eau et de nourriture, mais comme je travaillais dans une épicerie j'en avais acheté beaucoup alors nous ça allait. »

Il quitte son emploi de salarié après Irma et décide mi-février d’ouvrir sa propre épicerie à la marina royale, sur la rue Low Town. « J’ai voulu partir à l’aventure. La zone était morte. Je me suis dit qu’il y avait une route principale, un arrêt de bus, un immeuble au-dessus et que ça pouvait marcher. » déclare Ibrahim. Il choisit Marigot car il a déjà vécu les bouchons de fin journée et il ne veut pas recommencer maintenant qu'il habite à Concordia. Et puis à force d’y travailler il commence à bien connaître la capitale de Saint-Martin. C’est là qu’il se sent bien et qu’il y a toutes les administrations pour ses démarches. Après plusieurs tentatives il parvient à joindre le propriétaire du local qui accepte de le lui louer. Il aménage lui-même l’intérieur de la boutique laissée à l’abandon depuis plusieurs années. Les infiltrations qui gangrènent l’immeuble lui donnent du fil à retordre jusqu’à début décembre.

Au début il était un peu seul, car après le cyclone beaucoup de commerces ont fermé. Mais depuis une dizaine de boutiques et de restaurants ont ouvert. Cela fait de l’animation dans le quartier mais n’augmente pas forcément sa clientèle, hétéroclite. Il espère pouvoir dans quelques temps, agrandir son magasin car 50m2 ne lui suffisent pas. Pour l'insant il est tout de même satisfait de son choix. 

Un jour si la situation s’arrange dans leur pays, Ibrahim et sa famille repartiront. Ils pourront peut-être travailler à nouveau dans leurs domaines. Mais pour l’instant leur maison est à Saint-Martin. Quant à son nouveau métier, Ibrahim apprécie la liberté qu’il lui permet. « J’aime être mon propre patron. Et de toute façon, je n’avais pas beaucoup d’autres solutions ».

Fanny Fontan
2 commentaires

Commentaires

Belle rencontre !!! Félicitations...que vos projets connaissent réussite et prospérité

Bonne chance Ibrahim !!! Et, avec un peu d'avance, belle année 2019 à vous et à tous vos proches....

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