15.07.2016

"Faites de votre île un paradis"

Marie-Paule Rousseau Cornette a tout quitté pour se consacrer à la jeunesse de Quartier d'Orléans. Le Centre Symphorien d'Insertion fêtait mercredi 13 juillet sa première année d'existence.

Depuis fin septembre 2015, les vingt membres de la Brigade verte ramassent les sargasses échouées sur les plages - y compris pour le Fish Day. Un travail éprouvant, dont bénéficient touristes et résidents. Pour cet emploi, les brigadiers sont reconnaissants envers leur bienfaitrice et deuxième maman : Marie-Paule Rousseau-Cornette. Chaque jour, comme un rituel, ils passent au siège de l’association pour la saluer avant de rentrer chez eux : «Ce sont les fils que je n’ai pas eus».

Il y a trois ans, lors d’un retour sur son île, Marie-Paule, qui vit en métropole depuis vingt ans, ne reconnaît plus Quartier d’Orléans où elle a grandi. «Voir des jeunes en errance dans la rue, alors qu’ils ont du talent, m’a beaucoup touchée». La Saint-Martinoise a tout pour être heureuse en région parisienne. Quadragénaire, elle travaille depuis plusieurs années comme responsable d’une équipe de commerciaux sédentaires dans une entreprise d’informatique. Elle voyage dans le monde entier et touche en primes et salaire l’équivalent de plusieurs SMIC. Mariée, elle est aussi la maman comblée de trois filles.

Elle subit en 2014 une importante intervention chirurgicale qu’elle nomme seconde chance. Lorsque son frère, Jean-Paul Rousseau, l’appelle courant juin 2015 et la supplie de venir parce que des jeunes l'attendent, il ne fait que confirmer ce que Marie-Paule ressent depuis son dernier séjour à Saint-Martin. Elle n’a plus le choix. Quand elle annonce son départ à ses employeurs, ils ne comprennent pas sa décision et lui disent qu'elle n’aura plus le même confort et doit penser à sa santé. Déterminée, elle n’hésite pourtant pas à quitter ce confort et à s’éloigner géographiquement de sa famille pour revenir vivre à Quartier d’Orléans et s’occuper de la jeunesse.

SYMPHORIEN : "CELUI QUI AIDE"

L’association est créée le 13 juillet 2015. Marie-Paule décide d’établir le siège dans sa maison d’enfance, au numéro 39 de la route de Coralita. Après une année d’existence, le Centre Symphorien d’Insertion (CSI) compte aujourd’hui plus de 20 salariés, dont les 20 brigadiers. Le mot « Symphorien » n’est pas anodin. «C’est celui qui aide» explique Marie-Paule Rousseau-Cornette, qui admire aussi Saint-Jean Bosco pour avoir voué sa vie à la jeunesse défavorisée. En plus de celle des brigadiers, les actions du centre sont menées par le pôle médiation-animation présent dans les écoles depuis mars dernier. Les missions des animatrices consistent à mener des ateliers périscolaires et lutter contre le décrochage scolaire, avec le programme «Décrocheurs décrochés» à la maison de la seconde chance (Saint-Georges). «J’ai créé le centre pour comprendre l’histoire de la jeunesse de mon quartier et surtout aider à la construction d’une identité forte» confie la fondatrice qui a, depuis, à peine eu le temps de mettre les pieds à la plage.

Le rôle du CSI est de constituer un relais entre les jeunes et leurs parents, l’école, ou même le ministère de la Justice. Le centre travaille en étroite collaboration avec la PJJ, la STEMO (AEMO-AED) et le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de Guadeloupe «Nous suivons le jeune depuis son incarcération jusqu’à sa sortie, il est accompagné dans sa recherche de formation et d’emploi» explique-t-elle. Le travail qu'elle effectue avec les jeunes, Marie-Paule aimerait que sa mère le fasse avec les seniors qui ont abandonné leur rôle. L'association se veut intergénérationnelle.

LE POUVOIR DES MOTS

Marie-Paule ne s’est pas improvisée pédagogue du jour au lendemain. Elle a longtemps été formatrice en insertion professionnelle d’abord à Saint-Martin au sein du Centre-INFORM auprès d’Aline Freedom, puis en métropole, au sein de son entreprise, mais aussi avec le GRETA et l'AFPA. «A ma grande surprise les jeunes qui errent dans les rues sont souvent diplômés, raconte-t-elle. Ils en sont là simplement parce qu’ils ne savent pas quoi faire et n’ont pas de métier. Mon rôle est de les orienter, de les accompagner à réaliser leur rêve.» poursuit-elle. A l'image de la population de l’île, celle de Quartier a différentes origines (Jamaïque, République dominicaine, Haïti…). Il est alors utile d’effectuer, entre autres, un travail sur l’identité.

Parfois, tout commence avec les mots. Beaucoup de jeunes appellent le kiosque de la rue Coralita « le block ». «Je n’aime pas cette expression, confie Marie-Paule. On leur dit que ce n’est pas un block mais un kiosque parce que Quartier d’Orléans n’est pas un ghetto.». L’association s’évertue à revaloriser auprès de ces jeunes l’image de leur quartier : «Je leur dis : «vous avez un très beau village». Elle en est persuadée : en changeant de simples mots, on change la vision. Elle rêve d’en emmener quelques-uns en Bretagne, où elle s’évadait le week-end du temps de sa vie parisienne, pour voir ce que les habitants font de leur région : pistes cyclables, protection de l'environnement… Elle aimerait que les jeunes prennent conscience qu’ils n’ont pas à envier les autres parce qu’ils ont tout chez eux. «J’aimerais qu'ils puissent adhérer à la vision que j’ai pour Quartier d’Orléans. C’est à eux, à nous, tous ensemble, de l’améliorer et de l’embellir.» Son message le plus fort ? «Vous êtes chez vous, faites de votre île un Paradis !»

Mercredi 13 Juillet 2016, le Centre Symphorien d’Insertion avait un an ! Sur le Kiosque de Quartier d’Orléans, entre 10h et 17h, le CSI célébrait non seulement sa première année mais également son Challenge « PLUS JAMAIS SANS MON CASQUE – NEVER WITHOUT MY HELMET». Au programme : échanges, surprises, animations, conférences autour de la délinquance et de la sécurité routière, de la famille, de l'identité et de l'action sociale, en partenariat avec les gendarmes, la police territoriale, l'auto école Hope Estate et le SAMU social.

 

Crédits photos : CSI

Légendes :

1. Jean-Paul Rousseau motive les troupes

2. Brigadiers VS Sargasses

3 & 4 :  Opération "Jamais sans mon casque" en partenariat avec l'auto-école Hope Estate, la gendarmerie et le SAMU social, mercredi 13 juillet 2016

5 : Atelier jardinage

6 : Le paysagisme, une seconde chance

7 : Malgré la distance, Marie-Paule et ses trois filles sont toujours très complices 

8,9 & 10 : opération précédente "Jamais sans mon casque" avec la gendarmerie, la police territoriale, l'auto-école Hope Estate et le SAMu social

Fanny Fontan