13.03.2018

L'Etat donne-t-il vraiment "un pactole de 500 millions d'euros" ?

Le journal La Tribune parle de «pactole» pour les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. «Un pactole de 500 millions pour la reconstruction». Le mot «jackpot » aurait aussi pu être utilisé en référence aux casinos qui font la réputation de l’île. Une interprétation comme une autre de l’engagement de l’Etat après le passage de l’ouragan Irma à l’égard des îles du Nord mais qui est trompée.

De ces 493,6 millions précisément, il faut déduire pour estimer réellement le soutien financier de l’Etat les 46 millions accordés par l’Europe au titre du fonds de solidarité et les 18,2 millions qu’il débloquera pour reconstruire ses propres infrastructures (préfecture, gendarmerie), soit 27,8 millions d’euros. Le pactole pour la reconstruction ne s’élève alors plus qu’à 429,4 millions d’euros voire 266,4 millions si on ôte les 163 millions déjà dépensés en phase d’urgence (coût du pont aérien, envoi de militaires, matériel, etc.). Soit quasiment la moitié des 500 millions dudit «pactole». Et encore moins (221,4 millions) si on ne tient pas compte des 45 millions correspondant au moratoire accordé aux entreprises en 2018 ; somme certes non récoltée par l’Etat en 2018 mais qui le sera en 2019 et 2020. Et si on soustrait aussi les 62 millions d’euros de subvention accordés à la COM pour assurer son fonctionnement en 2017 et 2018 et le prêt bonifié (mais remboursable) de 60 millions, le pactole est réduit à 99,4 millions d’aide pour aider Saint-Martin, sa population et son économie à se reconstruire à partir d’aujourd’hui.

L’Etat se satisfait de son soutien, Saint-Martin l’apprécie beaucoup moins. Certes l’Etat n’était pas obligé de l’accorder comme le rappelle l’article de La Tribune : «L'État français a tenu à privilégier "une logique de solidarité nationale" alors qu'il n'était tenu à rien en raison des statuts des deux îles, qui ont notamment une autonomie fiscale, note le délégué interministériel pour la reconstruction des îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, Philippe Gustin».

Effectivement, Saint-Martin a obtenu des compétences, elle doit assumer. Et en faire les frais. Elle est d’ailleurs toujours dans l’attente de 52 millions dus par l’Etat depuis 2007 selon la chambre territoriale des comptes au titre de la compensation de certaines charges et du reversement du produit de certaines taxes.  De par son statut, elle a des responsabilités mais elle reste un territoire français où la solidarité nationale doit jouer. À lire et écouter le gouvernement répéter qu’il a débloqué 300 millions d’euros pour la gestion de crise donne l’impression qu’il a fourni un effort extra ordinaire. Mais n’accorde-t-il pas cet effort à toutes les collectivités victimes de catastrophes naturelles ?

Certes Irma a été «dévastatrice». C’est l’ouragan le plus puissant jusqu’alors qui ait touché les Antilles françaises, mais Saint-Martin n’est pas responsable de cette force. Certes, il y a plus beaucoup de personnes dans le besoin, plus que dans un autre département victime d’inondation, mais Saint-Martin est l’un des territoires les pauvres de France où l’Etat a le moins investi.

Après Irma, une aide d’urgence a été accordée aux foyers les plus défavorisés. 4 200 en ont bénéficié à Saint-Martin pour un montant total de 2 millions d’euros, soit une aide moyenne de 476 euros par foyer. En 2016, lors d’inondations dans le Centre, le gouvernement avait aussi accordé 500 euros par foyer. Il accorde aussi des aides au développement à des pays du tiers monde.

Depuis plusieurs années, l’Etat veut donner davantage de compétences aux régions ; il doit ainsi aussi se satisfaire de l’autonomie saint-martinoise. Mais en cas de pépin, il doit répondre présent car les collectivités ne peuvent de toute évidence assumer financièrement.

«Concernant le financement de la future reconstruction, (…). L’État apportera alors tout son soutien pour le financement des projets locaux identifiés », avait déclaré Edouard Philippe lors du troisième comité interministériel pour la reconstruction le 21 novembre. Mais c’était sans la précision du délégué interministériel dans son rapport sorti le même jour : «la mobilisation de crédits budgétaires étatiques semble pertinente pour les seuls bâtiments publics relevant de la compétence de l’Etat (préfecture, hôpital, gendarmerie etc.). » C’est ainsi que l’Etat a annoncé le 12 mars le financement à 100 % des «projets immobiliers de l’Etat pour la réinstallation de ses services » et une participation à hauteur seulement d’un tiers dans les projets immobiliers publics de la COM (école, stades, etc.). Soit 66,4 millions dont 6,4 millions de l’Assurance maladie pour réparer l’hôpital.

L’aide la plus importante de l’Etat est consacrée à la protection de la population : il apportera 17,8 millions sur les 29 millions qui seront investis dans la gestion des zones à risques, la construction d’abris ou l’achat d’équipement d’alerte. Il financera aussi 14,7 millions d’euros pour la reconstruction et l’enfouissement des réseaux électriques – soit 100 % du montant des travaux- et 15 millions pour la reconstruction d’un nouveau collège et de quatre écoles soit moins de la moitié du coût de la construction. Or, c’est là qu’il était notamment attendu. Sur la reconstruction des écoles, des infrastructures publiques et le rattrapage en équipements.

Mais comme l'avait bien dit le Premier ministre lors de sa venue à Saint-Martin le 6 novembre : "Certains s’étonnent qu’il n’y ait pas un plan de l’Etat de X milliards d’euros pour la reconstruction de Saint-Martin. Ce n’est pas ma manière de concevoir la politique ; ce n’est pas celle du Président de la République. Les outre-mer ont trop longtemps souffert de la maladie des annonces et du syndrome des promesses de tarmac : à Saint-Martin, plus qu’ailleurs, mon engagement est un engagement pragmatique, de vérité."

Bien sûr, la COM va toucher des indemnités des assurances pour reconstruire ses bâtiments mais elle attendait davantage de la part de l’Etat.

«Déçu mais pas découragé», le président Daniel Gibbs affirme qu’il «ne lâche rien et que la reconstruction sera quoiqu’il arrive financée et réalisée dans les conditions prévues jusqu’ici : les écoles, les routes et les infrastructures seront rénovées. La Collectivité sur son propre PPI « bâtiments et infrastructures » devra financer sur emprunt ou fonds propres 46 millions d’euros, auxquels s’ajoutent l’éclairage public (22 500 000 euros) pour lequel il n’y a pas eu d’arbitrage sur les crédits de cofinancement disponibles ».

 

 

Estelle Gasnet
3 commentaires

Commentaires

Quel etait l etat de la trésorerie de la COM avant irma? Merci

0000000 vive le 74

Tout attendre de l’Etat et en retour que peut attendre l’ETAT de St Martin ?? pas une rentrée fiscale ,pas de Tva ...rien . Les saint martinois ont voté l’art 74 de la constitution , autonomie financière et fiscale notamment ...assumez et née mettons pas à la tête de la Collectivité des incompétents paradant dans leur 4x4 orné de la cocarde tricolore qui n’zttédent que des avantages de leur statut d’elu

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