01.01.2016

Noah : le tribunal reconnaît que son handicap est dû à «une faute de soins»

Le tribunal administratif a condamné le centre hospitalier de Saint-Martin à indemniser les parents de Noah.

Noah a aujourd'hui 12 ans et habite en Gironde avec sa maman. Il est dans un fauteuil roulant et parvient «à se tenir droit» grâce à de nombreuses opérations à Miami et à Barcelone. Il doit aussi recevoir des soins qui ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale. Il est ainsi soutenu par Un sourire pour l'espoir et ponctuellement par d'autres associations qui organisent des soirées pour récolter des fonds.

Noah est atteint d'une infirmité motrice cérébrale (IMC) sévère suite à des complications survenues lors de l'accouchement au centre hospitalier Louis-Constant Fleming le 15 février 2003. Sa maman a été admise et placée en salle de travail à 17 heures et Noah est né à 21h42 «en état hypotonique, fiévreux, sans mouvements respiratoires», soit «en état de mort apparente, sans réactivité neurologique, ni mouvements respiratoires efficaces, avec une activité cardiaque lente conservée». Une réanimation a été pratiquée par la sage-femme puis par le médecin pédiatre dix minutes plus tard. Mais le manque d'oxygène a été trop grand et durant trop longtemps.

Les lésions neuroradiologiques qui seront observées à six mois et demie puis à 22 mois par des experts médicaux confirmeront «une atteinte anoxo-ischémique périnatale». Selon eux, il existe «un rapport direct et certain entre l’asphyxie fœtale aigüe durant le travail et les lésions cérébrales à l’origine du handicap du jeune Noah».

Environ une heure trente après le début du travail et vingt minutes après l'installation d'une analgésie péridurale, le rythme cardiaque fœtal a commencé à présenter «un caractère anormal avec des ralentissements tardifs et variables, itératifs». Aussi la sage-femme aurait-elle dû, selon les experts médicaux, appeler l'obstétricien de permanence. L'état du bébé aurait en effet «justifié» une césarienne vers 19h30, estiment-ils. Or, le bébé est né 2h10 plus tard de manière naturelle.

En outre, le travail d’expulsion a duré quarante minutes, soit dix minutes de plus que la normale, durée «au-delà de laquelle l’extraction fœtale instrumentale est recommandée» toujours selon les experts. Ces derniers relèvent également que la sage-femme n'a pas non plus appelé l'obstétricien durant la phase d'extraction. Ni même le pédiatre qui est arrivé dix minutes après la naissance pour le massage cardiaque.

Dans leur rapport remis au tribunal administratif de Saint-Martin saisi de l'affaire, les experts soulèvent ainsi «une faute de soins» et «des manquements dans l’organisation du service» du centre hospitalier, lequel a été condamné à verser à la mère et au père une indemnité de 389 500 euros en leur qualité de représentants légaux de Noah, une deuxième de 3 433 € en leur nom propre et à chacun respectivement 36 000 et 40 000 €. L'hôpital devra également verser une rente trimestrielle de 8 147 € aux parents.
Cette décision devrait satisfaire la maman qui menait cette bataille judiciaire depuis six ans et qui confiait en mai dernier à nos confrères de Sud Ouest qu'elle pourrait reprendre le travail si une rente était accordée par le tribunal.

Estelle Gasnet