28.07.2017

Comprendre la gestion de l’eau à Saint-Martin en cinq questions

La question de l'eau est gérée par l'établissement des eaux et de l'assainissement de Saint-Martin. Qui produit l'eau ? Qui distribue l'eau ? Explications.

À quoi sert l’établissement des eaux et de l’assainissement ?

L’établissement des eaux et de l’assainissement de Saint-Martin (EEASM) est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Il a été créé par délibération du conseil municipal le 7 mars 2006. Il est doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière contrairement à la régie des eaux qui existait du temps de la commune ; cette dernière n’avait pas de personnalité morale donc ses comptes faisaient partie de ceux de la commune. L’EEASM gère lui même son budget grâce toutefois à une subvention de la COM.

L’établissement dispose d’un conseil d’administration, d’un président et d’un directeur qui est désigné par le conseil territorial sur proposition du président de la collectivité. Aujourd’hui le président est Dominique Riboud (conseiller territorial au sein de la majorité) et son directeur Patrick Lentz.

Son rôle est de gérer le service distribution de l’eau et de l’assainissement public en partie française. Il a ainsi passé un contrat de délégation de service public avec l’Ucdem qui produit l’eau et un autre contrat avec la Générale des Eaux qui distribue l’eau et récupère les eaux usées.

Comment et à quel prix l’eau potable est-elle produite ?

L’eau potable est produite par l’Ucdem, Union Caraïbe de dessalement d’eau de mer, qui se situe à Galisbay, à côté de la centrale EDF. L’usine produit l’eau et la vend à la Générale des Eaux qui la distribue.

En 2006, l’Ucdem fait le choix de remplacer sa technique de production (alors par thermo-compression) par celle de l’osmose inverse (système de filtrage ultraperformant). L’adoption de cette technique permet de réduire le coût de production et donc le prix de vente à la Générale des Eaux, ce dernier est ainsi passé de 4,17 € le mètre cube à 2,62 €.

Aujourd’hui, le prix est de 2,41 € le mètre cube.

Dans un rapport de 2013, la chambre territoriale des comptes fait remarquer que la technique d’osmose existait depuis vingt ans et aurait ainsi pu être installée bien avant au vu du prix de l’eau exorbitant. Pour rappel, en 1991, le prix de l’eau vendue pour être distribuée était de quelque 5 € le mètre cube et en 1999 de 4,69 € le mètre cube mètre cube.

«La formation du coût de revient dépend pour environ 20% des achats de matières premières et matières consommables, pour 25% des charges de personnel et d’environ 30% des charges d’amortissement, le reste, soit 25% étant constitué des services extérieurs, charges financières et impôts», expliquait la chambre des comptes en 2013.

Comment est distribuée l’eau potable ?

Depuis 2006, l’eau est distribuée par la Générale des Eaux. Elle achète l’eau à l’Ucdem et l’apporte aux consommateurs via des réseaux privés (dans les lotissements) et publics.

La distribution de l’eau représente les trois-quarts du coût de revient de l’eau.

Depuis des années, la Générale des Eaux indique perdre de l’argent à Saint-Martin en raison notamment des pertes sur le réseau ; celui-ci étant mal entretenu, la GDE doit acheter plus d’eau qu’elle n’en apporte aux consommateurs. Les travaux sur les réseaux publics entrepris par la COM ont toutefois permis d’améliorer le rendement qui est aujourd’hui de 75 %.

Le prix de distribution est établi selon des tranches de consommation.

La Générale des Eaux est aussi en charge de la gestion de l’assainissement depuis 2014. Deux abonnements (eau et assainissement) apparaissent ainsi sur nos factures.

Comment vont-être renouvelés les contrats des deux prestataires ?

Les contrats liant l’EEASM à la Générale des Eaux et à l’Ucdem arrivent à terme en 2020. La COM a déjà entamé une réflexion sur les conditions de leur renouvellement et sa volonté est de faire un seul contrat, c’est-à-dire de n’avoir qu’une seule délégation de service public de production et de distribution. Cela supprimerait un maillon dans la chaîne (donc des marges) et permettrait alors de réduire le prix de consommation.

La GDE a toutefois fait savoir qu’elle voulait rompre son contrat avant 2020. Des négociations de sortie sont en cours avec l’EEASM qui, du coup, aimerait aussi rompre son contrat avec l’Ucdem en même temps pour pouvoir mettre en place sa stratégie de DSP unique plus tôt.

Une usine commune aux deux parties de l’île est-elle envisageable ?

Plus les volumes produits sont importants, moins les coûts de revient sont grands, donc le prix pour le consommateur intéressant. Selon cette logique, il serait pertinent qu’il existe une seule usine de production d’eau qui alimenterait toute l’île.

À Sint Maarten, l’eau est produite selon la technique de dessalement par Gebe (qui produit aussi l’électricité) à un prix très largement inférieur (1,50 € le mètre cube pour la première tranche). Gebe gagne principalement de l’argent grâce aux gros consommateurs (hôtels) à qui l’eau est facturée 7 euros le mètre cube. Côté français, elle leur est facturée 10 euros le mètre cube, ce qui a ainsi incité les hôtels à s’équiper de leur propre station de production.

Il existe déjà un accord entre les deux parties de l’île pour que Gebe puisse alimenter la partie française d’Oyster Pond en cas de besoins, grâce au raccordement des deux réseaux. Il existe aussi le projet de raccorder les réseaux d’eaux usées d’une partie de Marigot-Bellevue à la future station d’épuration qui sera construite à Cole Bay dans le cadre du programme opérationnel de coopération transfrontalière. Le raccordement des réseaux n’est donc pas un obstacle au projet d’une usine de production d’eau commune.

Il s’agit d’une volonté politique. Jusqu’à présent, une clause d’exclusivité dans le contrat liant l’Ucdem à l’EEASM, empêche tout approvisionnement en partie hollandaise. Or, le contrat arrivant à terme, la réflexion pourrait être proposée.

«Il s’agit de l’un des sujets à mettre sur la table des débats de la coopération. Tout comme celui des traitements des déchets, des transports, etc. Mais il faut être deux pour le vouloir. J’ai proposé à Sint Maarten le projet de créer un Congrès qui nous permettrait de gérer ensemble des problèmes communs, comme celui-ci, j’attends une réponse de leur part», commente le président Daniel Gibbs.

Estelle Gasnet

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