Quatre coups de ciseaux pour une dette : un couple condamné
Ce vendredi 4 septembre, C.G et D.E, mari et femme, comparaissaient devant le tribunal de proximité de Saint-Martin. Il leur était reproché d’avoir exercé, ou aidé à exercer, des violences ayant entraîné une ITT de 45 jours. Les faits étaient aggravés par trois circonstances : la réunion, la préméditation et l’usage d’une arme.
Les faits remontent au 19 août dernier. Il est 21h15 lorsque les sapeurs-pompiers interviennent pour porter secours à un homme gravement blessé au niveau de la zone commerciale de Howell Center, à Marigot. La victime est identifiée : il s’agit de C.M. Son pronostic vital n’est pas engagé, mais les quatre blessures — alors identifiées comme des coups de couteau — nécessitent une intervention chirurgicale rapide au niveau de l’abdomen. Une fois la victime rétablie, les gendarmes, qui ont ouvert une enquête pour tentative de meurtre, procèdent à son audition.
Trois entretiens sont nécessaires pour établir ce qu’il se serait passé. C.M explique être addict à la cocaïne. Ce soir-là, il aurait trouvé dans les poubelles du supermarché des bouteilles d’alcool. Butin en main, il se rend impasse Mako, où il espère pouvoir se faire un peu d’argent. C’est alors qu’il tombe sur D.E, qu’il connaît, et qui lui aurait proposé de la suivre chez elle.
Arrivée à son domicile, cette dernière aurait murmuré à l’oreille de son mari, alors en train de préparer sa consommation de cannabis, des propos que C.M ne parvient pas à entendre. C.G se lève et lui assène alors deux premiers coups de ciseaux au niveau du thorax puis, alors qu’il tente de fuir, deux autres coups à la nuque et au niveau du fessier.
« La banquière de l’impasse Mako »
Identifié par photographie, le couple conteste dans un premier temps les faits. Durant l’audience, D.E refuse d’admettre le caractère intentionnel du « guet-apens » et assure avoir été suivie par la victime. Celle qui se qualifie comme « la banquière de l’impasse Mako » admet cependant lui avoir prêté de l’argent à deux reprises, deux fois 20 euros, avec 10 euros d’intérêts, afin qu’il puisse payer ses consommations. Des propos qui ne passent pas auprès de la vice-procureure de la République. « Vous êtes une usurière. Vous profitez de la misère sociale et faites du business avec », appuie-t-elle, en rappelant que le couple, qui a plusieurs enfants ensemble et séparément, vit des aides sociales.
« On pourrait imaginer que monsieur avait une dette envers vous et que vous vous êtes mise en colère car il avait l’outrecuidance de vous vendre des bouteilles d’alcool alors qu’il ne vous avait pas remboursé », suppose le président du tribunal. « J’ai vu rouge. J’ai eu peur pour ma copine et mes enfants, il n’avait pas à venir chez nous », répond C.G, qui reconnaît avoir porté la moitié des coups de couteau. Interrogé sur sa connaissance de la dette en question, ce dernier répond : « C’est ma femme. S’il a un problème avec elle, il a un problème avec moi ».
Face aux réquisitions de 7 ans d’emprisonnement à son encontre et de 5 ans à l’encontre de son épouse, les deux avocats du couple s’accordent à dire que le discours de la victime est confus et demandent la clémence du tribunal, notamment au regard de la situation des enfants.
Après en avoir délibéré, le tribunal condamne C.G à 5 ans d’emprisonnement et D.E à 18 mois, les deux peines étant assorties d’un mandat de dépôt. Le couple se voit également interdire le port d’arme et prononcer une peine d’inéligibilité de cinq ans. Le tribunal reçoit également la constitution de partie civile de C.M et renvoie les intérêts civils à une audience ultérieure.














