28.08.2026

Une nuit avec la Réserve naturelle pour observer les tortues marines en ponte

La nuit est déjà tombée en ce vendredi soir du mois d’août lorsque les participants se rejoignent devant l'une des plages des Terres-Basses. Vêtements sombres et baskets aux pieds, tous nourrissent le même souhait : voir une tortue marine en ponte. « Mon petit doigt me dit qu’il y en a déjà une au rendez-vous » se réjouit Aude Berger, cheffe de projet à la Réserve naturelle de Saint-Martin et à l’origine de l’événement. L’information lui a été transmise par l’un des écovolontaires déjà sur place. Grâce à ce réseau de bénévoles essentiel à l’association pour les sciences participatives, 700 patrouilles ont été réalisées l’an passé et 150 activités de ponte recensées.

Avant de se rendre sur cette plage protégée, considérée comme le site de ponte privilégié de l’île, la spécialiste s’adonne à un rapide briefing. « Nous allons patrouiller en bas pour essayer de repérer une trace fraîche de montée. Si je m’arrête, c’est qu’il y a suspicion. Je m’approcherai alors seule et, si tortue il y a, nous appliquerons le protocole d’observation sans dérangement ». Afin de mettre ce dernier en application, quelques consignes sont à respecter : garder une distance d’au moins 10 mètres, éteindre toute source de lumière artificielle et, bien sûr, ne pas toucher l’animal ou ses œufs.

Après seulement quelques mètres sur le sable, l’invitée de marque est en effet bel et bien là. Il s’agit d’une tortue verte qui, au-delà de son impressionnante circonférence, a aussi la particularité d’avoir une partie de sa carapace mordue. Avec la tortue imbriquée et la tortue luth, elle fait partie des trois espèces qui viennent déposer leurs œufs à Saint-Martin de mars à octobre. « Les tortues qui pondent sur nos plages ne sont pas celles que l’on voit dans nos eaux. Ce sont des espèces migratrices, elles font un grand voyage entre leur site d’alimentation et leur site de reproduction » explique la scientifique.

La philopatrie natale

Après plusieurs dizaines de minutes à tâter le terrain, la femelle, qui avait déjà été aperçue par la Réserve trois jours auparavant, rebrousse une nouvelle fois chemin sans avoir pondu. « Nous sommes sur l’un des sites les plus menacés. Plusieurs hypothèses, comme les aménagements côtiers, les lumières artificielles ou encore la disparition de la végétation, peuvent expliquer ce comportement » se désole la spécialiste. « Il est probable qu’elle remonte plus tard pour faire une nouvelle tentative » ajoute-t-elle. En effet, le temps presse pour cette femelle qui larguera ses œufs en mer sous peu si les conditions ne sont pas réunies.

La tortue verte atteint sa maturité sexuelle aux alentours de 30 ans. Pendant la période de reproduction, elle s’accouple avec plusieurs mâles et conserve leurs semences. « Toutes les deux semaines, elle va puiser dans cette spermathèque pour confectionner 150 à 200 nouveaux œufs, et ce, trois à quatre reprises » explique Aude. Elle va ensuite retourner sur sa plage de naissance et tenter d’y pondre. C’est ce qu’on appelle la philopatrie natale, un phénomène qui s’expliquerait par le champ magnétique terrestre.

Quelques minutes après cette première rencontre, une seconde tortue tente sa chance. Elle est suivie d’une troisième qui, comme les deux précédentes, ne réussit pas sa ponte, mais offre un moment exceptionnel à ses spectateurs. Alors que les déjà chanceux de la soirée se préparent à quitter les lieux, une ultime surprise les attend. La première tortue, celle à la carapace abîmée, est de nouveau sur la plage. Seulement, cette fois-ci : « Elle est sur une fin de ponte » affirme celle qui étudie ces animaux depuis 15 ans.

S’il est difficile de certifier une ponte à 100 % à moins d’en avoir été témoin, certains indices, comme les mouvements de nageoires de l’animal ou la forme de la cuvette dans le sable, permettent néanmoins de très fortement le suggérer. Mission accomplie pour cette maman, dont les petits verront le jour d’ici deux mois.

Cyrile POCREAU