27.07.2026

Frontière : le partage de l'étang de Simpson Bay

Et si le Français et le Hollandais ne s'étaient pas retrouvés où on le pense aujourd'hui ? Pour fixer la frontière entre les deux parties de l'île, la légende raconte qu'il a été demandé à deux hommes - un Français et un Hollandais - de courir à partir d'un point défini en longeant la côte, l'un dans le sens des aiguilles d'une montre, l'autre dans le sens inverse. Là où ils se retrouveraient, serait fixé l'autre extrémité de la frontière.

C'est ainsi que la délimitation entre les deux parties aurait été établie. Reste à savoir où ils se sont rencontrés. Selon la carte actuelle de l'île, ils seraient partis d'Oyster Pond et rejoints à l'ouest au niveau de Cupecoy. Au nord de cette ligne, la partie française, au sud la partie hollandaise. Peu de documents attestent de la véracité de cette histoire. Et surtout, au fil du temps, les points de départ et rendez-vous ont été modifiés.

Les cartes

Plusieurs cartes de l'île ont été réalisées et publiées. Sur une carte publiée en 1764, on peut observer «l'ancienne séparation entre la France et la Hollande en 1720/25 » puis celle de 1756 ainsi que «la ligne des prétentions du gouverneur de Hollande en 1764».

Entre 1816 et 1819 séjourne un médecin et cartographe suédois, Samuel Fahlberg, entré au service des Pays-Bas, à St Maarten. Il réalise plusieurs travaux de cartographie dont une carte, en 1817, qui sera reconnue par les autorités. Il en aurait réalisé une seconde en 1827.

Un siècle plus tard, une troisième carte est publiée, réalisée cette fois par un ingénieur, Werbata.

Si la topographie ne change pas ou guère d'une carte à l'autre, le tracé de la frontière, lui, évolue dans ses parties est et ouest.

Les cartes de 1764 et 1817 et ont été publiées dans le Grand Atlas des Indes occidentales. Avec celle de 1815, elles sont aussi conservées par les Archives nationales des Pays-Bas.

La frontière à Oyster Pond

Selon les cartes publiées en 1764, 1817 et 1915, la frontière à l'est débute dans le quartier d'Oyster Pond mais à des endroits différents.

En 1720/25, la frontière passe à quelques kilomètres au sud de l'étang aux huîtres puis est ramenée dans l'étang aux Huîtres en 1756 et conservée ainsi en 1764, mais pas au centre de l'étang. Ce n'est qu'en 1915, que Werbata la fera passer au milieu de la baie.

Ce n'est que plus tard, qu'elle longera la côte nord de l'étang.

Cette frontière à l'est a été source de nombreux conflits entre les deux parties de l'île ; la France et le royaume des Pays-Bas ont longuement négocié pour définir un tracé qui convienne aux deux pays.

La frontière à l'ouest dans l'étang de Simspon Bay

Si les désaccords sur le tracé à Oyster Pond ont fait couler beaucoup d'encre, celui dans l'étang de Simpson Bay nettement moins. Pourtant il a été modifié à plusieurs reprises.

Selon toutes les cartes, la limite à l'est de l'étang entre les deux parties se situe plus ou moins où commence aujourd'hui le Cause Way. Ce point n'a guère évolué, si ce n'est de quelques mètres d'une carte à l'autre, contrairement à l'autre extrémité.

En 1756, la frontière coupe l'ancien étang situé derrière la plage jusqu'à Maho ;étang qui a été remblayé et où se trouve aujourd'hui le bâtiment de l'aéroport Juliana. En 1764, la ligne des prétentions du gouverneur, la fait contourner Pointe Pirouette et pour la fait arriver à Cupecoy. En 1817, la nouvelle carte réalisée par Fahlberg ne retient pas les prétentions du gouverneur et va jusqu'à Mullet Bay.
En 1915, Werbata dessine un nouveau tracé, similaire à celui que l'on connait aujourd'hui.

Les revendications

Le partage de l'étang des Huîtres a récemment suscité des conflits. La partie hollandaise a toujours prétendu que la frontière était matérialisée par les berges (comme une carte IGN éditée dans les années 1950 l'indique aussi). Ne reconnaissant ainsi pas les anciennes cartes.

En face, la France a toujours souhaité une application du droit international consistant, dans une telle configuration géographique, en le partage de la baie d'une manière équitable. Ce qui a finalement été accepté des deux côtés en 2023.

Le partage de l'étang de Simpson bay a lui trouvé son épilogue, beaucoup plus tôt. Comme le montrent les anciennes cartes, la limite de 1915 n'était pas celle des années 1754 ou 1817. Comment et pourquoi la frontière a été déplacée ? Nous n'avons pas trouvé de documents officiels l'expliquant. Il semblerait que ce ce soit lors de transactions que la frontière ait été déplacée sur le document faisant office de cadastre. C'est ce que les représentants de la France ont rappelé lors des négociations sur le tracé de la frontière à Oyster Pond, avec les Pays-Bas.

«L’étang de Simpson Bay avait pu faire l’objet, après quelques tâtonnements cadastraux, d’un partage consensuel dès le milieu du XXème siècle, sur la base d’un partage des eaux», est-il écrit dans le rapport au Sénat.

Les négociations

S'il n'y avait pas eu consensus, une partie de Maho et le terrain où se situe le bâtiment de l'aéroport Juliana seraient en partie française. L'aéroport aurait pu faire l'objet d'une exploitation partagée.

Cet argument, la France l'a avancé lors des négociations sur Oyster Pond avec les Pays-Bas. Ceux-ci campant sur leur position et ne voulant pas partager l'étang aux Huîtres, la France a menacé de rétablir la frontière comme elle l'était au XIXe siècle. «La frontière doit être rétablie telle qu'elle était en 1648 lorsque le partage initial a été établi. A défaut d'informations plus fiables, c'est donc la carte Fahlberg de 1817 qui doit être prise pour référence», peut on lire dans un document officiel du ministère de l'intérieur daté de 2019 rappelant le contexte et les enjeux de la mission de coopération.

Menaçante, la France l'a donc été et a revendiqué une partie des terres de Maho. Et s'est servie de cet argument pour que les Pays-Bas acceptent le partage équitable de la baie d'Oyster Pond. «La France n'est pas opposée à l'étude d'un accord différent sous réserve de l'abandon pur et simple des prétentions néerlandaises à la moitié nord de l'étang aux Huîtres », peut-on lire dans le document de la mission.

C'est donc ainsi que les Pays-Bas ont finalement accepté le passage de la frontière au milieu de l'étang et que la France a abandonné ses prétentions sur Maho.

(cartes : crédit Archives nationales des Pays-Bas)

Estelle Gasnet