20.05.2026

Avec « Tracks », One Shark utilise l’ADN environnemental pour mieux suivre les requins

En s’appuyant sur la théorie de « l’individu à problème », le groupement d’intérêt public (GIP) One Shark œuvre à la gestion du risque de morsures de prédation de requins, en particulier celles des requins-tigres. Pour cela, les équipes de One Shark prélèvent leur ADN afin d’alimenter une base de données génétique et d’estimer la taille de la population. Répertoriés au nombre de 80, ces squales sont aussi tagués afin de comprendre leurs déplacements et leurs migrations. En cas de morsure, l’ADN peut ainsi être comparée et son auteur facilement identifié. Une méthode qui a notamment fait ses preuves lors de l’identification du requin responsable de deux morsures successives, en décembre 2020 à la Baie Orientale puis en janvier 2021 à Saint-Kitts.

Après plus de deux ans d’existence, le GIP a accueilli il y a deux mois Laëtitia Mathon, docteure en biologie tropicale marine. Jusqu’à la fin de l’année prochaine, elle travaillera sur le projet « Tracks », dont l’objectif est de développer l’analyse de l’ADN environnemental. Avancée révolutionnaire, cette méthode permet d’étudier les marqueurs génétiques laissés par les espèces dans leur milieu naturel. « À l’aide de deux pompes et de petites capsules, nous allons filtrer une trentaine de litres d’eau de mer. Les échantillons seront ensuite envoyés dans un laboratoire spécialisé afin d’extraire l’ADN et de détecter la présence de requins et de raies, avec un focus particulier sur le requin-tigre » explique Laëtitia Mathon.

Une méthode non invasive

Ces analyses permettront d’établir une cartographie de la fréquentation spatio-temporelle des requins sur huit sites clés autour de Saint-Martin et quatre autour de Saint-Barthélemy. « Et ce, sans même avoir besoin de les observer » souligne Hadrien Bidenbach, chargé de mission et directeur du GIP. « Il s’agit d’une méthode complémentaire et non invasive. Nous allons cibler des zones présentant un intérêt touristique et humain. Cela nous permettra de répondre à des questions comme : “Combien y a-t-il de requins à la BO ?”, sans avoir à les attirer ni à les pêcher » ajoute-t-il. Les premiers prélèvements débuteront dès le mois de juin et seront réalisés une fois par saison.

Au-delà de sa dimension scientifique, à l’instar de One Shark, qui cherche à rassurer les Saint-Martinois sur le faible risque de morsure de prédation, le projet « Tracks » ambitionne également d’améliorer la perception des requins auprès du grand public, des professionnels de la mer et des décideurs politiques, tout en renforçant la coordination des services d’urgence en cas d’incident.

Cyrile POCREAU