28.04.2026

Air Antilles : 31 mois d'existence, beaucoup d'espoirs, 17 mois de vols opérés

En septembre 2023, le tribunal de commerce de Pointe-à-Pitre validait l'offre de reprise d'Air Antilles par la Collectivité de Saint-Martin et son associé, le groupe Cipim dont l'une des filiales exploite et gère l'aéroport de Grand Case. Le 27 avril 2026, le même tribunal prononce la liquidation d'Air Antilles avec cessation immédiate de l'activité. L'aventure entrepreneuriale n'aura duré que trente et un mois.

En créant la société d'économie mixte Air Antilles, la COM avait pour ambition de casser le monopole d'Air Caraïbes sur le trafic régional domestique, de permettre aux Saint-Martinois de se rendre en Guadeloupe plus tôt le matin (en positionnant un vol dès 7h30) et de payer beaucoup moins cher leurs billets d'avion.

Louis Mussington a nourri beaucoup d'espoirs et pensait que les autorités allaient le soutenir au vu des enjeux de continuité territoriale. Il a d'abord espéré obtenir le certificat de transport aérien (CTA) en trois mois, soit le délai minimum pour que ce genre de document soit délivré. Et dans la foulée la licence d'exploitation. Mais ce n'est que sept mois après le dépôt du dossier, que la licence a été attribuée, le 24 mai 2024.

Le fameux vol de 7h30 est mis en place tardivement, après plusieurs reports en février 2025 et n'opérera que quelques semaines.

Moins de onze mois après l'obtention de la licence d'exploitation, Air Antilles connaît son premier coup dur : cette licence devient temporaire le 3 avril 2025. Les autorités françaises ont décidé de ce changement de statut en raison notamment d'une instabilité financière de la compagnie.

Ces doutes ne seront jamais levés malgré plusieurs prolongations successives et interventions de Louis Mussington à Paris. En dépit d'une autorisation valable jusqu'au 31 janvier 2026, la DGAC suspend le certificat de transport aérien le 9 décembre 2025 à la suite d'un audit ayant notamment révélé des négligences en termes de sécurité. À partir de cette date, les avions sont cloués au sol.

Sans CTA, la licence est automatiquement elle-aussi suspendue. «La démonstration de la capacité d’Air Antilles à financer ces actions et à garantir leur pérennité constitue une condition nécessaire importante à la levée de la suspension du CTA», déclare en janvier cette année le ministère des transports.

Quelques jours plus tard, la Sem annonce officiellement être en cessation de paiement ; le tribunal de commerce lui accorde, le 2 février, un sursis de six mois et la place en redressement judiciaire. Louis Mussington et ses équipes ne perdent pas espoir. Lors du débat des orientations budgétaires au conseil territorial, la directrice générale des services (DGS) de la COM confirme que l'administrateur judiciaire a fait le choix d'un plan de continuation de l'activité et a lancé «un appel d'offres à un ensemble d'investisseurs».

Très vite le nom de Pierre Sainte Luce, médecin guadeloupéen qui a inauguré fin janvier une clinique à Concordia, est cité comme potentiel investisseur intéressé. Début mars, son offre est présentée au tribunal qui prend du temps pour analyser l'offre. Sa décision est attendue le 2 avril, puis le 10 avril. Mais en raison d'une grève des avocats, elle est reportée au 23 avril puis au 27 avril. Non convaincu par le dossier de continuation de l'activité, le tribunal a décidé de prononcer la liquidation judiciaire avec une cessation d'activité immédiate.

Au final, sur les 31 mois de vie d'Air Antilles, les avions auront volé 17 mois. Le président Louis Mussington a sollicité à plusieurs reprises ses collègues du conseil territorial pour soutenir financièrement Air Antilles. Au total, la COM s'est engagée à hauteur de 21,6 millions d'euros.

Dates clés

- 2 août 2023 : liquidation judiciaire du groupe Caire

- 20 septembre 2023 : l'offre de reprise par la COM et Cipim est retenue par le tribunal

- 30 octobre 2023 : enregistrement de la société d'économie mixte Air Antilles au registre national des entreprises

- 23 mai 2024 : obtention du certificat de transport aérien (CTA)

- 24 mai 2024 : obtention de la licence d'exploitation

- 15 juillet 2024 : premier vol vers au départ de Saint-Martin

- 3 avril 2025 : transformation de la licence en licence temporaire

- 30 juin 2025 : renouvellement de la licence temporaire

- 31 août 2025 : renouvellement de la licence temporaire

- 30 septembre 2025 : renouvellement de la licence temporaire jusqu'au 31 janvier 2026

- 9 décembre 2025 : suspension de la licence d'exploitation

- 2 février 2026 : mise en redressement judiciaire

- 27 avril 2026 : liquidation judiciaire avec cessation immédiate d'activité

Estelle Gasnet