08.04.2026

Whale watching : une journée en mer à la rencontre des baleines de Saint-Martin

« L’avantage aujourd’hui, c’est qu’il y a assez de vent pour naviguer à la voile. C’est dans ces conditions que l’on peut faire les approches les plus respectueuses » explique Emmanuel Demanez, co-gérant de la société Wind Adventure. Debout sur son catamaran, le capitaine détaille à la dizaine de passagers le déroulé de cette sortie en mer. Tous partagent la même ambition : apercevoir une baleine à bosse.

Avec le grand dauphin commun, cette géante des océans fait partie des deux principales espèces de cétacés observables dans les eaux de Saint-Martin, sur les 21 recensées dans la Caraïbe. Grande migratrice, la baleine à bosse parcourt jusqu’à 6 000 kilomètres depuis ses zones d’alimentation en eaux froides (Atlantique Nord, Canada ou Islande) pour rejoindre, dès le mois de janvier, les eaux chaudes de l’arc antillais, propices à la reproduction.

« Notre objectif est d’observer une mère et son petit. Le baleineau, dont la capacité pulmonaire est encore limitée, remonte à la surface toutes les cinq à dix minutes » précise le professionnel. À quelques mois, ce bébé de presque une tonne est déjà très curieux. En plein apprentissage, sa mère lui transmet les gestes fondamentaux : frapper l’eau avec ses nageoires, utiliser sa caudale, ou encore s’essayer aux premiers sauts. « C’est ce type d’interactions que nous allons rechercher » ajoute-t-il en mettant le cap sur île de Tintamarre.

« La meilleure observation, c’est celle à distance »

Arrivés sur place, les whales watcher du jour se mettent à scanner l’horizon. Pour augmenter les chances de repérage, Emmanuel propose une première écoute sous-marine. Grâce à un hydrophone, les passagers perçoivent au loin le chant d’une baleine. « Seuls les mâles chantent. En période de reproduction, c’est leur moyen d’attirer les femelles. En localisant un mâle, on augmente donc les chances de trouver des femelles » explique-t-il.

Il ne faudra qu’une trentaine de minutes pour apercevoir un premier souffle : finalement celui d’une mère accompagnée de son petit. Dans le sanctuaire Agoa, aire marine protégée, l’observation des mammifères marins est strictement encadrée et doit se faire à une distance minimale de 300 mètres. À Saint-Martin, Emmanuel Demanez est le seul professionnel agréé à pouvoir s’approcher jusqu’à 100 mètres. Au-delà de l’observation, il participe à la recherche scientifique en collectant des données précieuses : localisation, comportement, nombre d’individus. Il pratique également la photo-identification, en capturant la nageoire caudale, véritable carte d’identité de chaque animal.

« La mère est au repos, c’est ce qu’elle vient chercher dans nos eaux. On va rester à distance pour observer leur comportement et instaurer une relation de confiance » suggère Emmanuel. Après de nombreuses remontées à la surface pour la mère et son petit, victoire : l’animal dévoile sa caudale ! La journée est gagnée !

« Il y a toujours un côté magique à voir des baleines mais si on veut qu’elles restent et surtout qu’elles continuent de fréquenter nos eaux pour s’y reproduire, il faut se rappeler qu'elles ont besoin de tranquillité. La meilleure observation, c’est celle à distance. La nature nous le rendra » promet le passionné. Ce jour-là, presque comme un clin d’œil aux propos d’Emmanuel, la maman baleine et son petit offriront le plus beau des spectacles à leur public émerveillé : un saut chacun.

Cyrile POCREAU