Le sujet de l'eau s'est invité au conseil territorial
Le sujet de l'eau s'est invité à la séance plénière du conseil territorial qui s'est tenue vendredi. Mais visiblement, il ne faisait pas partie des points que le président avait prévus d'aborder dans son discours introductif - lequel est toujours préparé à l'avance et imprimé – puisque ce sujet de l'eau a fait l'objet de notes complémentaires, écrites à la main. Après avoir lu son discours, le président a saisi un autre feuillet, manuscrit.
Ce feuillet a-t-il été rédigé à la dernière minute suite à l'avarie survenue trente minutes plus tôt sur l'unité de production privant une partie de Saint-Martin d'eau potable ? «J'aimerais aborder très rapidement un sujet qui a toute son importance au moment où je vous parle», a déclaré Louis Mussington. Celui de la «crise» de l'eau qui était «prévisible compte-tenu de la vétusté de l'usine et des pièces obsolètes qui nous lâchent en ce moment».
Ou, en rédigeant rapidement ces notes, le président et ses conseillers ont-ils voulu anticiper une éventuelle intervention de Raphaël Sanchez, conseiller territorial (de la majorité) et président de l'établissement de l'eau et de l'assainissement (EEASM), lequel reproche à Mussington de ne pas agir ? Depuis plusieurs mois, il y a de l'eau dans le gaz entre eux.
Dès les premiers mots de ses notes, le président de la COM a fait mine d'avoir le contrôle. Et de commencer ainsi : «je le dis haut et fort, j'accuse l'opposition d'être responsable de la dégradation de la situation». En d'autres termes, la Team Gibbs 2022 n'aurait pas réalisé les travaux nécessaires au sein de l'usine. «Il appartient aujourd'hui à la majorité d'assumer ses responsabilités vis à vis de la population et de prendre le taureau par les cornes. Et en ma qualité de président, j'assume mon autorité», a déclaré Louis Mussington. Lequel a ensuite annoncer «mettre des fonds européens nécessaires à la rénovation de l'usine» avec le soutien de l'Etat. «Un accord sera signé avec la Saur pour effectuer des réparations en urgence afin qu'il y ait dans les meilleurs délais de l'eau en permanence. Une procédure d'urgence qui sera activée par la préfecture nous permettra d'intervenir avec efficacité et rapidité dans l'intérêt général», a-t-il précisé. Il n'a pas oublié «la question de la construction de la nouvelle usine » ; elle «reste d'actualité et de rigueur mais la réhabilitation de l'existant s'impose comme une priorité majeure de même que la réparation de la STEP à Quartier d'Orléans qui continue à retenir [son] attention», a-t-il assuré.
Visée, l'opposition a qualifié ces accusations d'«insultes» mais n'a pas eu besoin de se défendre ; Raphaël Sanchez ayant riposté aussitôt. Non pas pour soutenir la Team Gibbs mais pour que Mussington arrête de politiser le sujet et pour l'empêcher «d'engager les Saint-Martinois dans un contrat avec la Saur».«Il faut arrêter aujourd'hui de faire de ce sujet de l'usine de l'eau un sujet politique.» Le conseiller territorial l'a répété au moins cinq fois en cinq minutes. «Le sujet de l'eau est prioritaire», conçoit-il et estime que la COM n'agit pas en conséquence.
«A la ministre des Outre-mer, vous avez [communiqué] une liste des priorités [pour Saint-Martin] et l'eau n'est pas [apparue] comme une situation prioritaire», a constaté Raphaël Sanchez. Il a martelé avoir sollicité - seul et avec les équipes de l'EEASM - «à plusieurs reprises» le président et la directrice générale des services sur le projet de construction d'une nouvelle usine et sur «le démarrage rapide des travaux», sans avoir de retour. «C'est rentré là et c'est sorti par là», a-t-il commenté en pointant alternativement ses index vers ses oreilles. Pourtant, «le projet de la nouvelle usine est prêt depuis 2024», a-t-il garanti.
La Saur n'a pas été épargnée non plus. Pour Raphaël Sanchez, il a été «triste de venir là», au conseil territorial vendredi et «d'entendre le président de la COM dire» qu'il allait «signer un partenariat avec la Saur». «On n'est pas en capacité de signer un contrat avec la Saur parce qu'il y a plein de choses que la Saur n'a pas faites, plein de choses que la Saur a laissé se dégrader», a affirmé Sanchez en regardant sévèrement Mussington. Il accuse l'entreprise «de laisser les choses se dégrader pour, demain, aller s'asseoir avec la COM et lui dire que les choses sont dégradées et lui demander de payer les factures». Il a cité en exemple l'usine de production les stations d'épuration mais aussi «l'unité mobile payée 1,1 million d'euros par la COM» en 2023. Selon lui, la société l'ayant «laissée se dégrader», «on n'est pas en mesure de remettre ce système en marche parce que les outils sont dégradés».
«On est dans un cercle vicieux. Je ne tolère pas monsieur le président que vous engagiez les Saint-Martinois dans un contrat avec la Saur», considère Raphaël Sanchez qui pense que l'entreprise a «abusé» des Saint-Martinois.
Il dénonce en outre le déséquilibre du contrat qui lie aujourd'hui les deux parties : la Saur encaisserait 89 % des recettes issues des factures et l'EEASM 11 % ; une part trop faible pour permettre au satellite de la collectivité de constituer suffisamment de fonds propres pour la réalisation de travaux.
Enfin, après avoir affirmé que la COM n'a versé «aucun centime» jusqu'alors à l'EEASM pour lancer le projet de construction de la nouvelle usine, Raphaël Sanchez, «attend» du président qu'il inscrive «une ligne de trésorerie pour l'eau» dans le budget 2026 de la COM. «L'EEASM a fait remonter les choses et maintenant c'est à vous de répondre», résume-t-il.
Louis Mussington a répondu à son conseiller territorial de manière brève. «Ce n'est pas forcément la vérité ce que vous venez de dire, mais je vous comprends», a-t-il jugé sans toutefois rectifier les éventuelles erreurs. «Il y a une procédure et l'urgence est qu'il y ait de l'eau dans les robinets. La construction de l'usine reste une priorité mais d'abord assurons qu'il y ait de l'eau», a-t-il conclu.
A noter que la directrice territoriale de la Saur qui est aussi conseillère territoriale, était absente lors de la séance vendredi.







