24.03.2026

Anguilla gagne des millions grâce à son .ai

32 millions de dollars américains en 2023. 39 millions en 2024. 93 millions espérés en 2025. Ces montants sont les revenus encaissés par Anguilla grâce à son extension pour les noms de domaine. Lors de la création de son nom de domaine, il faut aussi choisir une extension ; les plus connues ou les top-level domain (TLD) sont .com, .net ou encore .org.

Chaque pays a créé son extension, la France possède ainsi .fr, l'Allemagne .de, la Belgique .be, etc. Les îles de la Caraïbe ont aussi développé la leur, par exemple : Sint Maarten (.sx), la Dominique (.dm), Grenade (.gd), Guadeloupe (.gp), la Jamaïque (.jm). Mais il y en a une qui se distingue, celle de l'île voisine, Anguilla qui propose .ai.

Ai est le code d'Anguilla selon la norme internationale ISO 3166. Chaque pays a un code défini selon cette norme pour pouvoir l'identifier. «Par exemple, le courrier international est transporté par toutes les organisations postales du monde dans des conteneurs identifiés par ces codes de pays», explique le site iso.org.

Mais Ai signifie aussi l'abréviation internationale de l'intelligence artificielle (IA en français, AI en anglais). Et cette confusion a permis à l'extension d'Anguilla d'être hyper populaire à travers le monde. Le 20 janvier dernier, le gouvernement local a indiqué avoir enregistré plus d'un million de noms de domaine sous .ai.

«Cette réussite témoigne de la croissance fulgurante de l'innovation en intelligence artificielle dans tous les secteurs et positionne le TLD .ai parmi les domaines de premier niveau nationaux les plus recherchés au monde. De même, elle illustre parfaitement comment les ressources numériques peuvent apporter des avantages concrets et tangibles aux communautés locales», déclarait-il.

Cet engouement génère des recettes qui se chiffrent par dizaines de millions pour le pays et pèse de plus en plus dans le produit intérieur brut (PIB), jusqu'alors dominé par le tourisme. «Avant l’essor fulgurant de l’IA, les revenus issus des domaines .ai représentaient moins de 1 % des recettes de notre État. En 2023, ce chiffre avait déjà atteint 25 à 27 %, et d’ici 2025, il devrait avoisiner les 47 %», a confié José Vanterpool, ministre des Infrastructures et des Communications (MICUHITES).

« Le cap du million de domaines .ai enregistrés a été franchi précisément au passage à l'an 2026, entre le 31 décembre 2025 et le 1er janvier 2026. Depuis, la croissance s'est accélérée : alors qu'en moyenne 1 318 nouveaux domaines .ai étaient enregistrés chaque jour en 2025, la moyenne en janvier 2026 avoisine les 2 008 par jour. Si ce rythme se maintient, le nombre total pourrait atteindre environ 1,7 million de domaines .ai d'ici la fin de 2026 », explique Fabian Ledl, de Domaintechnik.

Ce développement a même interpellé le fonds monétaire international (FMI) qui a rédigé un article sur le sujet en 2024. «L'essor des enregistrements de domaines .ai contribue également à diversifier son économie et à la rendre plus résiliente aux chocs externes», convenait-il. «Bien que l'exploitation de cette dotation virtuelle ait posé des difficultés à d'autres, Anguilla a su tirer profit de son modèle tarifaire, en facturant 140 $US pour un enregistrement de domaine de deux ans. Ce modèle encourage non seulement les nouveaux enregistrements, mais garantit également un flux de revenus régulier grâce aux renouvellements, étant donné qu'environ 90 % des domaines sont renouvelés après deux ans. Les domaines .ai expirés se sont également révélés très précieux ; par exemple, le domaine « litigate.ai » a été vendu aux enchères pour 13 000 $US en 2023 », ajoutait-il.

Le FMI donnait aussi le cas d'une autre petite île dans une situation similaire, celui de Tuvalu dont le nom de code et d'extension est .tv.

Estelle Gasnet