Fibre et arrêt du cuivre : où en est Saint-Martin ?
Votée en 2008, la loi de modernisation de l'économie a posé les bases du déploiement de la fibre en France afin d’accompagner la transformation numérique du pays. En facilitant l’accès au très haut débit, elle vise à renforcer l’attractivité des territoires, aussi bien pour les entreprises que pour les habitants. Cette ambition s’inscrit dans une transition majeure : l’arrêt progressif du réseau cuivre, historiquement utilisé pour l’ADSL et la téléphonie fixe. Son extinction programmée marque la fin d’une technologie vieillissante au profit d’infrastructures en fibre, plus rapides, plus fiables et mieux adaptées aux usages actuels.
« L’arrêt du cuivre en France est une décision de l’État, sur proposition d’Orange, propriétaire du réseau cuivre » explique Jean-Louis Branco, directeur des programmes fibre et arrêt du cuivre aux Antilles-Guyane pour l’opérateur. « Orange a proposé un scénario d’extinction validé par l’État et piloté par le régulateur, l’ARCEP. Le programme s’étale de 2023 à 2030 et s’appuie sur sept lots de communes, en Hexagone comme en outre-mer » continue-t-il. Le 31 janvier dernier, le réseau cuivre du lot 2 a ainsi été officiellement mis à l’arrêt.
Un déploiement ralenti par des contraintes techniques
Pour qu’un territoire puisse engager l’extinction du cuivre, au moins 95 % des foyers doivent être éligibles à la fibre. Afin d’y parvenir, l’État a lancé un appel à manifestation d’intérêt d’investissement (AMII), invitant les opérateurs privés à déployer la fibre sur leurs fonds propres. À Saint-Martin, trois opérateurs se sont positionnés : 24 000 prises ont été réparties, dont 16 000 pour Orange, 6 300 pour Dauphin Télécom et 1 950 pour THDtel.
La Collectivité et l’État ont exigé que le nouveau réseau soit entièrement enterré afin de le rendre plus résilient face aux cyclones. Après avoir recensé les infrastructures souterraines existantes, un dispositif inédit en France a été mis en place via un partenariat piloté par la Banque des Territoires, aboutissant à la création de la société Tintamarre. Financée par des fonds publics et privés, elle est chargée de construire les fourreaux enterrés nécessaires au déploiement de la fibre.
Les opérateurs ont déjà finalisé les zones où ils disposaient de leurs propres infrastructures, mais attendent désormais la livraison des ouvrages réalisés par Tintamarre pour poursuivre. « La nature du sol à Saint-Martin entraîne des coûts de travaux plus élevés que prévu. Le projet est actuellement ralenti, dans l’attente de financements complémentaires » précise Jean-Louis Branco.
Arrêt du cuivre pour 2030
Le seuil des 95 % de logements raccordables n’étant pas encore atteint, la fermeture commerciale des offres cuivre ne devrait pas intervenir avant 2029. L’ARCEP a récemment publié la liste des communes du lot 5 ; Saint-Martin devrait donc intégrer le lot 6 ou 7.
« D’ici là, les usagers auront le temps de s’organiser pour migrer vers la fibre ou opter pour une autre solution. Le plan France Très Haut Débit n’impose pas la fibre : le choix appartient au client » souligne le directeur des programmes. Trois technologies permettent d’accéder au très haut débit : la fibre, solution la plus complète (Internet, téléphonie et télévision), la 4G/5G fixe via le réseau mobile et le satellite — comme Starlink — qui offre exclusivement un accès à Internet. « Une fois ces étapes franchies, nous pourrons entrer dans la phase de dépose et de recyclage du câble cuivre » conclut le professionnel.









