Affaire Huidi Tchero : sa radiation de la liste des médecins est suspendue
Huidi Tchero, originaire de Côte d'Ivoire, a été autorisé en février 2013 à exercer en France la profession de médecin dans la spécialité chirurgie orthopédique et traumatologie, il avait été inscrit au tableau de l'ordre des médecins de Guadeloupe en mars 2013. Il exerçait à l'hôpital Louis-Constant Fleming. Fin octobre 2025, il a été suspendu par la direction de l'établissement en raison d'éventuelles irrégularités dans le diplôme du praticien et a été retiré de la liste nationale des médecins par arrêté ministériel le 25 novembre 2025 et publié au Journal officiel le 18 décembre suivant. Huidi Tchero a contesté cette décision et saisi la justice. Le juge des référés du tribunal administratif de Saint-Martin a examiné sa requête et a décidé hier de suspendre l'arrêté du 25 novembre.
Selon le code des relations entre le public et l’administration, le ministère de la santé peut abroger ou retirer l'autorisation d'exercer à un médecin dans un délai de quatre mois sauf en cas de fraude. Ce qu'a fait le ministre dans cette affaire : il a considéré que Huidi Tchero avait fourni un faux diplôme de médecine spécialisée. «Situation qui ne résulte pas de l'instruction» selon le juge des référés.
Pour exercer en France, les médecins étrangers doivent fournir une preuve de leur diplôme. Il a donc été demandé à Huidi Tchero de produire ses diplômes obtenus en Guinée. Si le diplôme de médecine générale a été reconnu, le diplôme avec l'option orthopédique et traumatologie a été remis en cause.
Le doyen de l'université de Conarky a été sollicité pour vérifier les documents. Il a répondu en septembre 2025 que si le diplôme de docteur en médecine de Huidi Tchero était authentique, son diplôme d’étude spécialisée (DES) de chirurgie générale, option orthopédique et traumatologie était un faux car il n’avait pu être délivré par son université dans la mesure où ce diplôme n’a été créé qu’en 2023. Et, semble-t-il, le ministre s'est fondé uniquement sur cet élément pour prendre sa décision. A tort selon le juge des référés.
Ce dernier a relevé dans le dossier que «le caractère frauduleux» dénoncé par le doyen de l'université «s’oppose à l’attestation du 10 novembre 2025 du professeur X, conseiller spécial du président du conseil national de la transition de Guinée». Ce dernier «précise que le certificat d’études spécialisées (CES) obtenu par Huidi Tchero est strictement équivalent en contenu et en valeur académique au diplôme d’études spécialisées».
De plus, un professeur du centre hospitalier universitaire de Conakry avait déjà attesté en septembre 2008 que monsieur Tchero était «parfaitement apte à pratiquer cette spécialité», qu'il «avait suivi la formation au tronc commun du DES de chirurgie générale d’une durée de deux ans en vue du DES d’orthopédie traumatologie et qu'il avait poursuivi sa formation dans son service à Tours» en France. Le juge note néanmoins que ce professeur n'affirme pas que Huidi Tchero est titulaire du diplôme. «La compétence du requérant» a en outre été reconnue «à l’unanimité» par trois experts intervenant à la demande du conseil interrégional des Antilles-Guyane de l’ordre de médecins, a observé le juge.
Au delà du débat sur les compétences, l'argument principal ayant poussé le juge à suspendre la décision du ministre est que celui-ci a mal motivé sa décision. Il a radié Huidi Tchero car il n'était pas en mesure de prouver son diplôme en spécialisation. Or, «il ne résulte pas [de la loi française] qu'en février 2013, la détention d'un diplôme d'étude spécialisée était exigée». «L'erreur de droit fait naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué», a convenu le juge dans sa décision rendue le 11 février.






