04.04.2016

Huiles usagées, comment la filière a réussi à se mettre en place

La filière des huiles usagées fonctionne réellement depuis janvier 2015 à Saint-Martin.

Jusqu’à il y a encore un an, la filière des huiles usagées n’existait pas à Saint-Martin. Autrement dit, se débarrasser proprement de son huile de moteur n’était pas possible en partie française. Depuis, l’entreprise Verde Sxm qui exploite l’éco-site de Grandes Cayes, a mis en place la filière avec l’aide de l’Ademe et ainsi 80 tonnes ont été collectées à Saint-Martin en 2015. Non sans difficulté.

Tout a commencé en janvier 2012 lorsque la préfecture a lancé un appel à candidatures ; il s’agissait alors de sélectionner une entreprise capable de collecter les huiles usagées, de les stocker puis de les envoyer en métropole pour y être traitées et valorisées. La société Verde Sxm s’est alors positionnée après avoir sollicité une demande d’agrément en juin de la même année. Cinq mois plus tard, elle a signé une convention avec l’Ademe, l’agence départementale de l’environnement de la maîtrise de l’environnement de Guadeloupe. «En 2012, nous nous sommes consacrés aux démarches administratives», explique Patrick Villemin, co-responsable de Verde Sxm.

En 2013, la société a mené avec un cabinet conseil une étude pour la mise en place et l’analyse de ladite filière à Saint-Martin. Mais le plus compliqué restait à faire, rapporte non sans ironie Patrick Villemin.

 

AUTORISATION DE TRANSPORT

En effet, les huiles usagées sont considérées comme des produits dangereux et leur transport terrestre et maritime nécessite des autorisations spéciales. «Il faut en effet une autorisation de chaque pays traversé», précise le responsable. La première demandée, l’a été auprès de Sint Maarten puisque les huiles sont envoyées en métropole par bateau à partir du port de Philipsburg. Ensuite, il a fallu demander des autorisations aux pays dans lesquels le bateau faisait escale. «Au début, il devait s’arrêter à St Kitts où nous avons donc demandé une autorisation. Puis l’escale a été modifiée et le bateau passait par Antigua où nous avons refait la même démarche», poursuit Patrick Villemin. En Europe, le parcours était tout aussi difficile puisque le même navire, arrivé à Dunkerque où les huiles ne pouvaient pas être débarquées pour être acheminées en Seine Maritime, la destination finale, repartait vers Bruges en Belgique, nouveau pays tiers et donc nouvelle autorisation, avant de revenir au Havre, port d’arrivée.

130 TONNES EXPÉDIÉES

La première citerne a ainsi pu être envoyée fin janvier 2015. Non sans mal encore une fois. «Comme les huiles étaient restées trop longtemps stockées à Saint-Martin, elles n’ont pas pu être revalorisées là où on les avait expédiées. Nous avons donc dû les envoyer vers un autre site, toujours en Seine Maritime, afin qu’elles soient incinérées», raconte Patrick Villemin dont la détermination n’a - semble-t-il - pas été écorchée. Au total ce sont près de 130 tonnes qui ont été expédiées.

Verde Sxm travaille en partenariat avec JPS, une société créée il y a deux ans par José Duzanson en vue de couvrir ce marché de collecte des huiles. «Aujourd’hui, nous avons une quarantaine de clients, principalement des garagistes, qui conservent les huiles usagées que je récupère une fois par mois, voire plus souvent si l’entreprise m’appelle», explique José Duzanson qui a mis en place un planning de rotation. Son pick-up est équipé d’une pompe spéciale achetée par Verde Sxm. Les huiles sont ensuite stockées à l’écosite dans des citernes de 25 mètres cubes chacune.

AUGMENTER LE VOLUME COLLECTÉ

Aujourd’hui, l’objectif affiché par l’ensemble des partenaires est d’accroître le volume d’huiles. Aussi Verde Sxm souhaiterait-elle équiper les garagistes de contenants spécifiques et appropriés pour faciliter la collecte. L’Ademe vient, pour sa part, de lancer une campagne de communication pour sensibiliser professionnels et particuliers à cette problématique. Si les garagistes et mécaniciens sont en effet tenus de récupérer les huiles de vidange, les particuliers doivent, eux, les déposer à la déchetterie à Galisbay. Les dépôts sont gratuits. De même que la collecte pour les professionnels. Celle-ci avec le transport, est financée par Verde Sxm qui est accompagnée financièrement par l’Ademe jusqu’en 2018.

 

À SAVOIR

  • Les huiles usagées sont revalorisées soit en étant incinérées dans des fours de cimenterie, soit en étant régénérées. Dans les deux cas, elles sont recyclées en France métropolitaine pour répondre aux normes européennes. Bien que les Etats-Unis soient plus proches, ils ne peuvent les récupérer. Le coût du transport maritime est néanmoins extrêmement élevé, 300 € la tonne.
  • Les garagistes de la partie hollandaise ne seront pas démarchés pour la collecte. L’Ademe, agence d’Etat, finançant la prestation pour la partie française, il paraîtrait donc quelque peu incongru de se rendre à Sint Maarten pour ramasser ce déchet, pour le coup gratuitement.
  • 1 litre d’huile usagée pollue 1 m3 de terre
Estelle Gasnet

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