28.06.2023

L'insécurité routière est «l’affaire de tous»

La sécurité routière demeure une préoccupation majeure de santé publique aux niveaux national et international. À Saint-Martin c'est une lutte étatique et locale.  L’année 2023 a très mal commencé avec quatre décès sur les routes. «Un début d’année meurtrier», indiquait Vincent Berton, préfet délégué des îles du nord lors d’une conférence de presse. Des chiffres qui montrent clairement «une permanence de comportements à risques», poursuivait-il.

Face à ce constat alarmant et ce «fléau qui dure depuis vingt ans sur l’île», l’État, la Collectivité et leurs différents partenaires (associations, monde de l’entreprise etc.) ont établi plusieurs axes d’actions pour lutter contre l’insécurité routière par la prévention, la sensibilisation et l’éducation.

La semaine dernière, à l’instigation de la gendarmerie, une importante opération de sécurité routière était menée à Rambaud pendant deux heures. Une initiative qui a suscité de nombreuses réactions, notamment sur l'annonce de l'opération à l’avance. «C’était une annonce délibérée», déclare le préfet. «Nous ne sommes pas dupes, car c’était une action essentiellement sur la prévention sans but répressif. Mais, dans un objectif de mener une campagne de sensibilisation et de communication à grande échelle où l’on a distribué pas moins de 1 200 flyers dépliants sur la sécurité routière», explique Vincent Berton. «La gendarmerie n’est pas uniquement là pour dresser des procès verbaux mais également assurer une prévention», affirme-t-il.

«Avant tout, cette initiative était de marquer les esprits», déclare Maxime Wintzer Wehekind, lieutenant-colonel de la gendarmerie qui souhaite renouveler ce type d’opération afin qu’il y ait davantage de prise de conscience de la part de tous les usagers de la route. «Le comportement de certaines personnes qui arrivent sur un contrôle de gendarmerie pré-annoncé mais qui arrivent tout de même à notre niveau sans la ceinture, cela ne choque personne dans le véhicule», admet-il.  «C’est ce type de comportement que je souhaite faire changer. Ce n’est pas parce que nous sommes à Saint-Martin qu’il n’y a aucune loi du code de la route qui s’applique», prévient le représentant des forces de l’ordre.

Le bilan accidentel de Saint-Martin met en évidence plusieurs enjeux forts des comportements à risques : alcool, stupéfiants, caractère illégal et dangereux de «rodéos sauvages », non-port des équipements de sécurité (casque), vitesse et non respect des priorités, distracteurs (téléphone au volant) et les usagers vulnérables, parmi eux majoritairement les jeunes et les deux-roues.

À cela s’ajoutent les enjeux d’infrastructures, d’aménagements et de partage de la voirie et de la signalétique routière, dont la compétence revient à la Collectivité. En avril dernier, les services techniques de la Collectivité ont entamé des travaux de marquage au sol du réseau routier.

En outre, certains problèmes nécessitent également une action réglementaire telle que l’absence du procès-verbal électronique, l’absence de fourrière*, le défaut d’accès et d’interconnexion des fichiers locaux aux fichiers centraux donc le fichier national des permis de conduire et le système d’immatriculation des véhicules.

Concernant la fourrière, Saint-Martin disposera prochainement d’une fourrière automobile, elle est prévue pour janvier 2024. En attendant, la Collectivité met à disposition une fourrière provisoire sur le port de Galisbay avant le lancement d’un marché pour installer ce service public de manière pérenne.

Par ailleurs, suite à une conférence de presse en avril dernier, le préfet avait annoncé qu’il solliciterait l’opinion publique sur la sécurité routière par le biais d’une boîte à idées. Ces réflexions ont contribué à l’élaboration d’un plan d’action sécurité routière qui sera en ligne prochainement sur le site de la préfecture.

Entre autres, plusieurs propositions ont été données telles que la création de pistes cyclables, le développement de trottoirs, la mise en place de garde-corps, etc. «Une attention particulière a été portée sur Grand Case, notamment sur la route de l’Espérance. Il y a également eu des demandes à être très répressif sur les comportements dangereux, faire passer les informations en plusieurs langues et l’utilisation des réseaux sociaux etc », exposait le représentant de l’État.

Dans cette optique d’amélioration à la sécurité routière, la préfecture envisage la possibilité de développer des dispositifs type «permis à 1€» ou un «permis pour tous», ou encore étudier la possibilité de mettre en place des cours de codes gratuits en partenariat avec certaines auto-écoles, des actions pour faire suite au «84% d’échec au code de la route».

L’Éducation nationale poursuit également ses actions en milieu scolaire par la mise en place d’un pôle de «grands témoins» et témoignages d’accidentés de la route. Une campagne de sensibilisation à la sécurité routière a été menée à travers un concours de customisation des casques : put it on afin de sensibiliser au port des équipements de sécurité. Une charte du respect des règles de sécurité routière et la production de supports pédagogiques ont aussi été développées.

Enfin, chaque année, les accidents routiers professionnels sont la première cause de mortalité au travail en France. 454 personnes ont été tuées lors d’un trajet au travail en 2021 au niveau national. En mai une conférence-débat était organisée par la CCISM sur l’impact de la sécurité routière pour les entreprises. À l’issue de cette matinée, 41 attestations de présence ont été délivrées aux participants présents physiquement. Celle-ci a été jointe à la DUERP* pour montrer la sensibilisation du chef d’entreprise à la sécurité routière.

L’insécurité routière est «l’affaire de tous», «un travail de longue haleine» sur plusieurs années convient Vincent Berton. Cependant, c’est ensemble «que nous lutterons contre les comportements à risques par une forte mobilisation et sensibilisation de chacun », répète-t-il.

*DUERP : document unique d’évaluation des risques professionnels

Siya TOURE