25.02.2016

Tribune d'Alain Richardson

Il revient sur les incidents violents survenus au lycée.

Les évènements tragiques survenus la semaine dernière aux abords et dans l’enceinte du lycée professionnel et qui ont entrainé l’arrêt de la vie scolaire et une déstabilisation du monde éducatif jusqu’à ce jour, auraient pu avoir des conséquences d’une gravité insoupçonnée et beaucoup plus critiques que le nombre effectif de blessés et l’étendu des blessures constatées.
La reprise en main de la situation par les forces de l’ordre grâce à une mobilisation conséquente ne doit pas cacher les réalités suivantes :
- Des personnes extérieures au lycée sont venues aux abords et dans le lycée pour attaquer et régler des comptes avec des lycéens.
- Ces personnes sont venues munies d’armes : machettes et c’est confirmé au moins une arme à feu.
Je condamne fermement cette violence et la violation de manière répétée de nos lieux censés devoir être sanctuarisés : nos lieux de transmission du savoir et du savoir vivre, de l’apprentissage à la citoyenneté, de formation et d’équipement de notre jeunesse avec les outils pour une vie sociale et professionnelle réussie. Force est pourtant de constater que de plus en plus ici à Saint-Martin, l’Ecole du fait de son inadaptation aux réalités sociolinguistiques de notre territoire, du manque de moyens matériels, humains et pédagogiques, ainsi que son manque d’autonomie, faillit de plus en plus à sa mission.
Je soutiens la direction de l’établissement dans la gestion de cette crise et le corps enseignant dans l’exercice de son droit de retrait. De nombreux encadrants du lycée et en particulier du collège ont tenté sans succès d’alerter la Collectivité sur ce qu’ils constatent et les menaces graves qui pèsent sur la sécurité, la sérénité, les conditions de vie et d’acquisition du savoir des élèves. Je veux aussi saluer les solutions adoptées par la direction du lycée avec le soutien de monde éducatif et des parents pour ce qui concerne les nouvelles règles de vie dans l’établissement.
J’encourage nos jeunes et en particulier nos élèves à rester concentrés sur leur éducation, à redoubler d’efforts pour réussir malgré les difficultés. Je leur dis : Ne vous laissez pas détourner de vos objectifs dans la vie, ne vous laissez pas intimider par ceux qui veulent vous déstabiliser et vous détourner de votre voie, résistez à la pression et à l’appel à rejoindre des gangs et ou à consommer des produits stupéfiants, etc..
Aux parents je dis, intéressez-vous plus à vos enfants et à ce qu’ils font à l’école mais aussi au-delà et je rappelle que la famille doit être le premier éducateur des enfants : Assumez donc votre part de responsabilité et votre autorité.
Il est urgentissime de traiter les problèmes qui se posent aux abords de nos établissements du savoir (lycée, collège, écoles, médiathèque, aires de sport, etc..):
- Squattérisation des abords et des alentours par des personnes étrangères au monde éducatif et n’ayant aucune raison de s’y trouver et cela à toute heure de la journée,
- la consommation de stupéfiants et le trafic en tout genre,
- le harcèlement et les activités relevant quasiment du détournement de mineurs,
- etc..
Au-delà de l’émotion et des mesures qui sont et seront prises en urgence pour quelques jours et ou semaines (mise en place cellules d’écoute psychologique, renforcement de la visibilité des forces de l’ordre aux abords, renforcement des contrôles inopinés des effets des lycéens et collégiens) c’est le traitement à la racine des causes qui s’impose, car les maux de notre société ont envahi nos écoles. Le temps du traitement des irruptions cutanées est révolu, car cela ne fait qu’aggraver le mal et donner l’impression d’une sorte d’indifférence et d’impuissance.
Un fait est certain, tous les auteurs des violences de la semaine dernière au lycée, comme un nombre grandissant de jeunes impliqués dans les faits d’incivilité, de délinquance (vols, braquages, etc.) et malheureusement même de crimes de sang sur le territoire sont issus de nos écoles, de nos collèges et de ce même lycée. Ces jeunes-là, il est certain n’ont pas bénéficié ou obtenu ce savoir, ni ce savoir vivre, ni cet apprentissage à la citoyenneté, et peut être même pas d’une formation. Nous subissons les effets de l’échec scolaire, de l’échec social et de l’échec sociétal. Les gangs, la consommation et le trafic de stupéfiants, le port et l’utilisation d’armes, les incivilités, la délinquance et le crime se nourrissent et font leur lit sur l’échec scolaire, sur la marginalisation et l’exclusion de nos jeunes de la société, du marché du travail et de tout dispositif de réelle insertion.
L’Etat et la Collectivité ne peuvent plus faire l’économie d’un traitement à la racine des problèmes sociétaux et sociaux de notre jeunesse dont ces derniers évènements ne sont qu’un soubresaut de plus.
Les questions d’éducation, de formation, de préparation et d’équipement à la citoyenneté, d’accès à l’emploi et d’opportunités professionnelles notamment ; les questions de responsabilisation et de mise en valeur de notre jeunesse comme atout formidable de l’avenir de ce territoire exigent des réponses profondes. J’affirme que la réussite scolaire est le meilleur passeport vers la réussite sociale et sociétale.
Les légions de jeunes, victimes de la déscolarisation et de l’échec scolaire méritent une autre chance dans la vie avant qu’ils ne soient happés par la délinquance et la violence. Ceux qui sont déjà tombés dans ces méfaits, méritent une voie de sortie au-delà de la prison.
L’année au cours de laquelle j’étais aux affaires à la tête de cette Collectivité, deux de mes batailles ont été pour l’implantation sur St-Martin d’un centre du Régiment du Service Militaire Adapté (RSMA) et pour la création d’au moins une « Ecole de la deuxième chance ». Ces institutions indispensables à et pour St-Martin, couplées au projet dit « Le Parrainage » que j’ai proposé, constituent les meilleurs outils pour sauver nos jeunes en échec et pour dissuader les autres. Malheureusement, l’Etat fidèle à son histoire « d’abandon de St-Martin » a encore sacrifié notre territoire et sa jeunesse en nous les refusant. Sauver nos jeunes en échec et motiver les autres coûtera, mais le prix que paie et que paiera St-Martin est encore plus important si les vraies solutions ne sont pas rapidement mises en œuvre.

Estelle Gasnet

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