17.05.2019

Une étude établit un lien entre brumes de sable et naissances prématurées

L'étude a été menée en Guadeloupe sur une cohorte de 909 femmes enceintes.

L’exposition régulière aux brumes de sable pendant la grossesse favoriserait-elle le risque de naissances prématurées ? Sept chercheurs et scientifiques des universités de l'IRSET (Institut de recherche en santé, environnement et travail), et de l’agence Gwad’air (Jean-Francois Viel, Yoann Mallet, Christina Raghoumandan, Philippe Quénel, Philippe Kadhel, Florence Rouget, Luc Multigner ) ont en tout cas établi un lien entre les deux.

Dans un article publié en mars 2019 dans Occupational and Environmental Medicine (OEM), la revue officielle de la faculté de médecine du Royal College of Physicians de Londres, le groupe de chercheurs explique avoir tiré parti des données relevées entre 2004 et 2007 sur 909 femmes enceintes grâce à la cohorte Ti-Moun, qui a notamment étudié l’impact de l’alimentation maternelle (et du chlordécone) sur le déroulement de la grossesse et le développement de l’enfant en Guadeloupe.

L’archipel enregistre en effet un taux élevé de naissances prématurées (15,8%) – des naissances survenant avant la 37ème semaine d'aménorrhée (soit avant huit mois et demi de grossesse). Aux Antilles, les naissances prématurées sont deux à trois fois plus nombreuses qu’en métropole. Afin de tenter d’apporter des explications à ces naissances prématurées, les chercheurs sont partis d’un constat. La Guadeloupe ne possède pas de grosses industries polluantes et est exposée toute l’année aux alizés (qui dispersent polluants chimiques et gaz). Le taux de particules anthropiques est donc généralement bas. En revanche, l’archipel de la Guadeloupe est régulièrement, en particulier entre avril et octobre, exposé aux brumes de sable, ces grandes quantités de poussières minérales transportées du Sahel à la Caraïbe, qui constituent alors le principal facteur des hauts taux de particules fines dans l’air.

Pour mesurer l’impact des brumes de sable sur la grossesse des Guadeloupéennes, les chercheurs ont couplé les données de l’évolution des grossesses de ce panel de femmes âgées de 20 à 34 ans, aux données quotidiennes sur la qualité de l’air (avec un index particulier pour distinguer la pollution naturelle constituée par les brumes de sable, de celle induite par l’activité humaine) mesurées par la station Gwad’Air de Pointe à Pitre, entre 2005 et 2008.

142 des 909 femmes ont accouché prématurément, soit 15,6%. Les chercheurs ont en effet observé que "les mères guadeloupéennes étaient exposées à une concentration moyenne de 27 µg/m3 de PM10. Les enfants nés prématurément sont plus nombreux à avoir été exposés à de fortes concentrations. Ces dernières atteignent en moyenne près de 35 µg/m3, contre 31 µg/m3 pour les enfants nés à terme. Un tiers des enfants nés prématurément ont été exposés in utero à des concentrations supérieures à 30 µg/m3, contre seulement 10 % pour les enfants nés à terme. » Et rappellent que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser la limite de 20 µg/m3 en moyenne annuelle pour les PM10.

En résumé, cette étude constate que l'exposition environnementale aux brumes de sable semble se surajouter aux facteurs de risque bien connus de la prématurité (âge de la mère, hypertension artérielle, diabète, obésité, etc.). Comme il n’est pas possible de stopper les brumes de sable, et compte tenu des éléments qu’elles transportent (métaux lourds, pesticides, virus,) les chercheurs recommandent qu’aux Antilles les femmes enceintes fassent l’objet d’un système de prévention plus poussé que les simples alertes à la pollution atmosphérique en les ciblant directement afin qu’elles évitent de s’exposer à cette pollution atmosphérique.

(photo d'illustration).

Source : 

Fanny Fontan

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