18.01.2019

"Nous, les étudiants partis à l'étranger, sommes privilégiés"

Tasha Matthew est partie de saint-Martin après son bac pour étudier à Montréal. En vacances sur l'île, elle revient avec nous sur son parcours universitaire.

À 22 ans, Tasha Matthew est titulaire depuis juin dernier de deux Bachelors* en commerce et gestion. Après avoir grandi à Colombier et obtenu son bac ES au LPO en 2014, elle est partie faire ses études à Montréal à la John Molson School of Business. « J’ai toujours été une élève moyenne jusqu’à la seconde » reconnaît humblement la jeune fille actuellement en vacances sur son île. « Mais à partir de la première mes résultats se sont améliorés parce que j’ai commencé à me passionner pour l’économie et le social. J’aimais beaucoup lire et apprendre sur ces sujets. Je me suis redéfinie dans ce milieu » ajoute-t-elle.

En plus de son goût pour ces matières, elle est très à l’aise en anglais et envisage donc de poursuivre ses études dans le commerce international. C’est vers le Canada que se porte son choix : « je voulais voir autre chose, apprendre différemment et dans une autre langue que le français ». Elle compare les écoles de commerce françaises à celles de Montréal et est séduite par le « côté pratique dans la manière d’enseigner de la John Molson School of Business ». « C’est l’université de Montréal où on a le plus l’opportunité de mettre en pratique ce que l’on apprend et de s’impliquer dans la communauté de la ville » considère-t-elle.

S’il s’agit d’une école publique, les frais de scolarité ne sont pas négligeables (20 000 euros environ pour quatre ans).  Elle ne peut pas compter sur une bourse d’étude puisqu’à l’étranger. Ce sont donc ses parents qui financent ses études ainsi que sa vie là-bas (appartement, nourriture etc). « Pour être étudiant étranger au Canada on est limité à certains critères dont celui qu’un garant puisse assurer notre vie et notre scolarité là-bas » explique-t-elle. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne participe pas aux frais. Elle cumule les expériences professionnelles, tout en étant légalement limitée à 20 heures de travail hebdomadaire : « j’ai travaillé comme salariée en vente ainsi qu’en tant que consultante en gestion de finances puis conseillère administrative pour des associations ». Mais Tasha est catégorique : ses jobs n’auraient jamais suffi à financer ses études et travailler à côté exige une discipline de fer. « Nous n’avions pas que les cours mais aussi des événements auxquels assister pour développer notre réseau professionnel » précise-t-elle.

Au final, entre les cours, les jobs, les stages (dont le dernier au Mexique) et le bénévolat, son emploi du temps était très chargé mais elle s’est accrochée et n’a jamais regretté. « J’ai eu de la chance d’être dans une ville géniale et de m’être bien intégrée dès le départ. J’ai rencontré mes meilleurs amis là-bas dès les premières semaines d’intégration » avance-t-elle en saluant ce système de rencontres organisées autour d’événements entre les premières années et les autres étudiants de chaque département. A l’époque, elle n’avait pas la connaissance d’autres étudiants saint-martinois à Montréal et reconnaît ne pas en avoir cherché non plus afin de s’ouvrir aux rencontres sur place.

Quant au froid, qui en effraierait plus d’un, Tasha assure s’être vite habituée, même si l’année de son arrivée a battu des records de températures négatives. « La première année tu as froid, qu’il fasse -10 ou -40 c’est la même chose. On m’avait tellement dit 'ne t’habille pas trop chaud trop vite' que du coup j’étais encore en sandales dans la neige » se souvient-elle en riant. « Et puis tu changes de style de vie, on va beaucoup dîner les uns chez les autres et on reste enfermés au maximum en hiver sauf pour faire des activités extérieures comme du patin ou de la luge ». Au final, sa plus grande difficulté a été celle de tous les étudiants du monde : apprendre à gérer son temps, à l’équilibrer entre les cours et ses obligations extérieures.

Quand on lui demande ce qu’elle conseillerait aux lycéens de Saint-Martin qui souhaiteraient étudier au Canada, elle répond : "bien préparer leur départ, c’est à dire faire son application pour l’université au moins un an à l’avance car beaucoup ferment le 1er février pour commencer l’automne d’après (ce qui est mieux pour s’intégrer que de commencer en janvier), prendre un appartement avant d’arriver sur place, partir avec un esprit ouvert et se forcer à sortir surtout au début".

Tasha a découvert récemment l’association des anciens élèves de Saint-Martin et Saint-Barthélemy pour laquelle elle a d’ailleurs publié une vidéo. « Leur initiative est très importante pour ceux qui partent mais aussi pour ceux qui restent sur l’île afin de créer un réseau de soutien et d’entraide pour participer au développement de notre île ». Elle compte d'ailleurs s'investir auprès de l'association. 

Pour l’instant Tasha compte rester à Montréal où elle va commencer à travailler pour IBM en tant que consultante ERP (Enterprise Resource Planning). Ce qui ne l’empêche pas de garder dans un coin de sa tête le projet de revenir un jour travailler à Saint-Martin ou de contribuer d’une façon ou d’une autre à son développement économique. Mais pas tout de suite : « d’abord je veux développer des compétences et expertises. Et puis c’est génial de voir autre chose et de constater l’abondance d’opportunités qu’on a ailleurs ». Elle estime tout de même qu’il est important ensuite de « redonner à l’île qui [l]’a éduquée ». « Nous avons reçu une éducation, des professeurs dévoués qui nous ont permis de bâtir des dossiers pour rentrer à l’université et bénéficié d’un accompagnement très personnalisé à Saint-Martin grâce à la petite échelle du territoire. Nous les étudiants qui sommes partis à l’étranger et en métropole, nous sommes privilégiés. Pas que financièrement mais aussi académiquement. Il ne faut pas l’oublier. Notre devoir en tant que Saint-Martinois est de contribuer à la réduction de certaines inégalités sur le territoire » conclut Tasha.

*équivalents à une double licence

Fanny Fontan
2 commentaires

Commentaires

Félicitations Tasha!

J’aimerais bien entrer en relation avec cette jeune fille Tasha MATTEW
721 544 1720 ou 1721

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