21.08.2018

Des pépinières pour repeupler les récifs coralliens 

CÔTÉS FRANÇAIS ET HOLLANDAIS, DES INSTALLATIONS VISANT À ÉLEVER DES CORAUX ONT ÉTÉ IMPLANTÉES ET TENTENT DE SURVIVRE, TANT BIEN QUE MAL. 

Les récifs coralliens protègent la côte de la houle et servent d’habitat, de garde-manger, de refuge et de nurserie à des milliers d’espèces marines. Mais la pollution, les catastrophes naturelles, les chaînes et ancres de bateaux les détruisent. 

« Jusque dans les années 1980, les espèces de coraux Acropora (Elkhorn et Staghorn) dominaient la zone côtière de nombreuses îles des Caraïbes avec des estimations de couverture allant jusqu'à 85%. Cependant, elles ont presque disparu de la plupart des îles de la région, décimées par la maladie de la bande blanche (en grande partie causée par la pollution, ndlr). Ces espèces sont actuellement répertoriées comme «En danger critique d'extinction» sur la Liste rouge de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) » avance la Sint Maarten Nature Foundation

C’est pourquoi la Réserve naturelle de Saint-Martin et la Sint Marteen Nature Foundation ont créé chacune de leur côté, respectivement depuis 2015 et 2016, des pépinières de coraux Acropora. L’objectif est de cultiver des fragments de coraux pour repeupler ensuite les récifs endommagés. 

Le 13 août dernier, la Sint Maarten Nature Foundation qui avait relancé en mai son programme de pépinière, déplorait sur sa page Facebook la destruction partielle de deux de ses « arbres », ces structures verticales dont les branches soutiennent les boutures de corail. Une destruction dont la cause reste inconnue, et qui a endommagé 40% des fragments de corail de la pépinière. 20% n’ont d’ailleurs par survécu. La Sint Maarten Nature Foundation a annoncé dimanche 19 août avoir transféré les fragments de corail et leur nouvel arbre sur le site de plongée appelé The Bridge, près de l’entrée du lagon de Simpson Bay. 

« Nous espérons que les autres fragments de corail seront suffisamment puissants pour se développer et repeupler nos récifs. Les récifs coralliens sont en train de se dégrader dans le monde entier et l'ouragan Irma a également causé d'importantes destructions à ces coraux Acropora en plus de détruire notre première pépinière. » commente-t-elle avant de rappeler aux plongeurs de regarder mais de ne pas toucher les coraux. Elle leur demande de garder une distance de sécurité « pour éviter tout dommage supplémentaire à [ses] fragiles fragments de corail ». 

Côté français, la Réserve naturelle a effectué en mars dernier le suivi annuel des récifs et herbiers sur les sites du Rocher Créole, de Pinel et de Tintamare et, hors de la Réserve, sur le site de Fish Pot, dans le canal d’Anguilla. « L’espace marin apparaît moins touché par Irma que l’espace terrestre, avec tout de même des zones coralliennes très impactées. Toutefois, si l’impact physique semble avoir été limité sur les récifs et les herbiers, les importants déplacements de sédiments consécutifs à Irma continuent de leur nuire. Ainsi que les rejets d’eaux usées non traitées » conclut-elle.

Les pépinières de corail implantées par la Réserve sur trois différents sites protégés (Tintamare, Cayes Vertes, Pinel) ont été abîmées par Irma mais sont toujours là. Elles ne sont pas verticales comme en partie hollandaise mais horizontales, comme des tables à huître. « Nous sommes plus exposés à la houle alors si nous avions installé des structures verticales elles se seraient entrechoquées et cassées » explique Julien Chalifour, en charge du pôle Missions et suivis scientifiques de la Réserve naturelle. 

Lors du lancement du projet, les pépinières de coraux n’étaient pas très règlementées. Depuis la publication de l’arrêté du 25 avril 2017 fixant la liste des coraux protégés en Guadeloupe, en Martinique et à Saint-Martin et les modalités de leur protection, il faut des autorisations spéciales pour prélever et "bouturer" certaines espèces, dont l’Acropora. Ce qui constitue un peu un frein au développement de la pépinière côté français, en raison des délais nécessaires à l’obtention de ces dérogations. En revanche, les pépinières déjà installées peuvent toujours être utilisées.

En attendant que le corail grandisse, la Réserve a parallèlement créé des habitats de substitution pour abriter et protéger la faune et la flore qui peuplent normalement les récifs. Plus d’une dizaine d’habitats artificiels avaient été créés et offraient une multitude de cachettes aux espèces qui les colonisaient. Depuis le passage d’Irma, il ne reste qu’une vingtaine de parpaings sur les quelques 300 utilisés. La Réserve a annoncé dans son dernier journal trimestriel le lancement de l’opération BioHab2 soutenu par l’Agence française de la biodiversité et de la Fondation Véolia. Cette fois ces habitats artificiels seront déployés sur deux sites et l’enjeu est de se servir de matériaux recyclés afin de donner une deuxième vie à certains débris d’Irma qui pourront ainsi contribuer à la reconquête de la biodiversité sous-marine. La Réserve devrait également y placer quelques-uns des fragments de corail issus des pépinières. 

 

(Crédits photos : Réserve naturelle de Saint-Martin et Sint Maarten Nature Foundation)

 

Fanny Fontan

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