08.08.2018

Nina Duverly : fermeture imminente du "centre d'accueil provisoire"

Six familles seraient encore hébergées dans l'ancienne école et ont jusqu'à la fin du mois pour trouver un autre logement.

Les sinistrés d’Irma hébergés par la Collectivité dans l’ancienne école Nina Duverly ont jusqu’au 31 août pour quitter les lieux - les personnes sans enfant avaient jusqu’au 31 juillet.

C’est ce que stipulait un courrier daté du 5 juillet dernier qui leur a été envoyé par le pôle solidarité familles de la COM : « Vous êtes actuellement accueilli(e) dans l’ancienne école Nina Duverly, transformée de fait et dans l’urgence, en centre d’accueil provisoire à la suite des conséquences du cyclone « IRMA ». Cet hébergement précaire dont vous avez pu bénéficier pendant dix mois, ne constitue pas un CHRS (Centre d’hébergement et de réadaptation sociale) au sens des articles L-11-3-1 du code de l’action sociale et des familles ni ne saurait accueillir du public pour la nouvelle saison cyclonique 2018, vu l’état du bâtiment qui prochainement, fera l’objet d’une démolition. Ainsi les lieux seront fermés au public au 1er septembre 2018. Vous devez libérer les lieux au plus tard le 31 août 2018 délais de rigueur ».

Depuis le passage d’Irma, les sinistrés d’abord rassemblés pendant quelques jours dans un camp provisoire à Green Valley monté par les services de l’Etat, avaient finalement trouvé refuge dans treize salles de Nina Duverly ouvertes dans la hâte par la COM. L’école, endommagée par l’ouragan, n’a pu accueillir d’élèves à la rentrée et devrait être démolie dans quelques semaines. Pendant les deux premiers mois, la COM a assuré avec la CTOS un service de cantine. Mais depuis, les « résidents » doivent se débrouiller pour se faire à manger.

Si les centres d’hébergement d’urgence et de réinsertion sociale au titre de l’article S121-7 du code de l’action sociale et des familles, relèvent de la compétence de l’Etat, le relogement des victimes d’une catastrophe naturelle incombe à la Collectivité, qui a la compétence logement.

Selon un recensement effectué par le pôle solidarité familles de la COM le 31 octobre 2017, 45 familles soit un total de 121 personnes adultes et enfants confondus étaient ainsi abritées. Au 28 Février 2018, il restait encore 26 Familles soit 81 personnes (40 adultes et 41 Enfants). Et au 4 juin 2018, 19 Familles soit 57 personnes (27 adultes et 30 Enfants). Actuellement ils ne seraient plus qu’une vingtaine, six familles (neuf adultes et onze enfants).

« Ils nous ont menacés de placer nos enfants et de jeter toutes nos affaires si on ne partait pas » témoignent deux femmes qui habitaient encore sur place fin juillet. L’une des deux, célibataire et sans enfant, a depuis trouvé un logement à Sandy Ground grâce à l’association Trait d’Union. L’autre femme, maman de deux enfants, qui doit également s’occuper de sa mère, vient de refuser les deux studios que lui avait trouvés l’association. Avant Irma, elle habitait à Morne Valois et payait 500 euros de loyer pour un logement avec trois chambres qui a été entièrement détruit pas l'ouragan. Depuis, l’offre de logements sur l’île s’étant raréfiée, les prix ont explosé et elle ne retrouve pas l’équivalent de ce qu’elle avait avant et a à peine de quoi s’offrir un studio. « J’ai tout perdu, la seule chose que j’ai pu sauver ce sont mes enfants, c’est pour eux que je me bats tous les jours » assure celle qui multiplie les "jobs" pour s'en sortir.

Pourtant, les conditions d’hébergement sont loin d’être idylliques à Nina Duverly. Les familles vivent dans les salles de classe réaménagées en chambres de fortune : lits de camp, matelas sur des tables d’écoliers, deux ou trois douches dans des préfabriqués à l’extérieur du bâtiment, certains ont même mis un réchaud ou un frigo dans les salles pour préparer les repas. Le circuit électrique n’étant pas prévu pour, cela entraîne des coupures d’électricité.

« Le camp est dangereux, un arrêté de démolition a été émis. Il y a des infiltrations d’eau dans les fils électriques » affirme Joanita Ferdinand, coordinatrice de l’abri pour le compte de la COM. « Cela fait neuf mois que nous les aidons à faire leurs papiers et que nous faisons des réunions avec des travailleurs sociaux. Cent personnes sont déjà parties, et certaines étaient dans des situations pires. Pourquoi les autres restent ? Elles ont touché des aides, n’ont pas payé de loyers. Le but était qu’elles économisent pour pouvoir trouver un logement. Mais lorsqu’on leur en propose un elles n’en veulent pas. Ça fait les difficiles. Ils peuvent dire tout ce qu’ils veulent. Quand on est français on a des droits et des devoirs. Mais ils n’ont pas fait leurs devoirs : mettre leurs papiers à jour, trouver un travail salarié pour pouvoir prendre un appartement… »

Les bailleurs sociaux présents sur l’île n’ont pas de logement disponible pour l’instant. Selon Joanita Ferdinand, la COM en partenariat avec la Semsamar aurait proposé à des sinistrés d’être logés en Guadeloupe, tous frais payés. Mais ils auraient refusé. « C’est à Saint-Martin que nous avons choisi de vivre et où sont nés nos enfants » se défend une sinistrée.

Alors c’est vers la SIG qui serait actuellement en train de rénover son parc social, que quelques familles pourraient trouver refuge. Le tout est d’être hébergé chez des amis en attendant. « On leur a donné beaucoup, ils ont eu beaucoup » assure la coordinatrice tout en reconnaissant que chercher un logement de deux chambres est très difficile. L’une des dernières personnes à rester à Nina Duverly, une mère de trois enfants qui pourtant travaille, est dans ce cas. Elle ignore encore où elle va aller une fois que l’école sera fermée. Quant à ceux qui ont la chance d’avoir trouvé un logement, la COM leur fournit quelques meubles issus de dons de la gendarmerie.

 

Fanny Fontan

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