20.04.2018

Que sont devenus les animaux sauvages depuis Irma ?

L'ouragan a eu notamment pour conséquence de modifier la composition des groupes d'oiseaux et de poissons coralliens.

Le passage dévastateur de l’ouragan Irma a indubitablement modifié l’habitat des humains à Saint-Martin, et aujourd’hui encore, leur quotidien. 95% des bâtiments ont été endommagés et beaucoup de résidents doivent leur salut à un placard ou une salle de bain.

Difficile alors d’imaginer comment ont pu survivre les animaux sauvages livrés aux caprices des vents destructeurs et des pluies diluviennes.

« Un grand nombre d’espèces animales est sensible aux changements de pression, de température ou de condition météorologique et met en place des mécanismes de survie si les conditions se détériorent. Certains animaux fuient, d’autres s’enterrent ou se réfugient dans des abris naturels ou pas » avance Julien Chalifour, responsable scientifique pour la Réserve naturelle de Saint-Martin.

Lors du passage d’Harvey au Texas fin août 2017, quelques photos ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant un épervier réfugié dans une voiture, des fourmis accrochées les unes aux autres pour constituer un radeau et flotter, un chien s’enfuyant avec son paquet de croquettes dans la gueule... Avant le tsunami dans l’océan indien en 2004, les oiseaux se sont tus, les poissons se sont déplacés et les éléphants ont fui. On trouve sur internet différents témoignages de comportements inhabituels des animaux avant, pendant ou après une catastrophe naturelle.

A Saint-Martin, compte tenu de la violence des vents, aucune observation scientifique du comportement des animaux sauvages n’a pu être réalisée dans la nuit du 5 au 6 septembre 2017. « Les conditions d’observation pendant l’événement permettent difficilement de disposer de documents vidéo ou photo » fait remarquer Julien Chalifour. Il déplore par ailleurs l’absence de centre de soins dédié à la faune sauvage qui permettrait de recueillir des informations sur les animaux en détresse.

En l’absence de données pendant le passage du cyclone, les chercheurs s’attachent à en collecter depuis, et à les comparer à celles relevées avant Irma. Un constat à partir duquel ils peuvent émettre des hypothèses sur le comportement des animaux pendant le passage de l’ouragan.

Les scientifiques de la Réserve naturelle procèdent à l’acquisition de données d’inventaires et de suivi de l’état de santé de certaines populations et écosystèmes sur le territoire de la Réserve et du Conservatoire du littoral. «Depuis Irma nous avons commencé à remettre en route les suivis de routine : Reef Check, limicoles des étangs (échassiers, ndlr), oiseaux marins nicheurs » explique Julien Chalifour. Un travail rendu difficile parce qu’Irma a endommagé une partie du matériel, et qu’il nécessite la disponibilité des agents, sollicités les premières semaines par d’autres tâches plus urgentes.

Toutefois, des premiers constats ont pu être établis. La végétation a subi d’importants dégâts. Comme elle a généralement un rôle majeur dans l’habitat et la nourriture des animaux, son état impacte directement la présence ou la santé des populations animales. Les fonds marins de la Réserve ont peu souffert. Cependant les éponges, les coraux et dans une moindre mesure, les macroalgues molles, ont diminué de façon importante. Quant aux herbiers, il manque la bande des cinq à dix premiers mètres en partant de la plage.

Déplacement des langoustes et modification des groupes de poissons coralliens  

« Les sites de ponte des tortues marines (les plages) ont été impactés et un grand nombre de nids et donc d’œufs ont été détruits. Il y aura certainement un creux dans les générations de tortues génitrices, perceptible d’ici 20 à 25 ans » anticipe Julien Chalifour. La Réserve a par ailleurs constaté le déplacement des populations de langoustes ainsi que des modifications notables de la composition des groupes de poissons coralliens.

Sint Maarten Nature Foundation, la réserve naturelle de la partie hollandaise a remarqué le retour des requins de récif quatre semaines après le passage de l'ouragan, alors qu'ils semblaient avoir disparu pendant les trois premières semaines. "Ceci montre que les requins vont trouver refuge dans les eaux profondes pendant l'ouragan et reviennent ensuite vers leurs sites habituels" interprète la fondation.  

A quelques trois cents kilomètres de là, des chercheurs américains qui avaient installé des microphones et hydrophones à Porto Rico ont enregistré des vocalisations animales pendant et après les passages d’Irma et Maria. Les crevettes-pistolets connues pour produire du son lors de la capture de leur proie, se sont montrées particulièrement silencieuses pendant Maria, et leur rythme a été bouleversé pendant plusieurs jours. Tandis que le chœur nocturne des poissons a été plus important. Face à la force des courants les poissons n’auraient plus craint d’être attrapés par des prédateurs et les crevettes auraient abandonné l’idée de capturer des proies.

A terre, toujours à Porto Rico, les chercheurs ont noté une diminution des sons produits par les oiseaux ainsi que par les insectes qui se sont montrés silencieux pendant trois semaines après Maria. Mais n’avancent aucune explication.

Modification de la composition des groupes d'oiseaux

« À Saint-Martin, le bilan est visiblement plus important à terre qu’en mer » assure Julien Chalifour. En particulier sur le littoral et en arrière de ce dernier. Les premiers suivis des populations d’oiseaux limicoles montrent une diminution des effectifs et dans une moindre mesure de la diversité : la composition des populations et des individus par espèce sont totalement inhabituels. En octobre, les comptages mensuels ont révélé des effectifs proches du tiers de ce qu’il est habituellement. En novembre-décembre les choses semblaient revenir à la normale, pour les effectifs, mais pas pour la composition : une dizaine seulement d’échasses d’Amérique et de pluviers Kidir contre une centaine habituellement. Et a contrario, 103 canards (Erismature rousse) contre 18 comptés en 2016.

Parmi les espèces non natives introduites par l’homme il reste beaucoup d’iguanes communs. Quant aux singes verts, mangoustes et ratons laveurs : la Réserve ne disposait pas d’estimation de la population implantée sur les deux côtés de l’île avant Irma et n’en a pas non plus à l’heure actuelle.

Un travail sur le long terme

« Nous continuons d’évaluer les impacts sur la durée et de chercher des financements nous permettant de faire venir des spécialistes, de manière à ne pas passer à côté de plantes entrées en phase de résistance et qui repartiront le moment venu, et de donner le temps aux animaux migrateurs ou ayant fui l’île de revenir » poursuit le scientifique. Et d’ajouter : « c’est notamment pour lutter contre cette carence de moyens sur l’île que le projet d’Institut Caribéen de la Biodiversité Insulaire (ICBI) porté par la Réserve doit intégrer des locaux pour faciliter la venue d’équipes scientifiques étudiants et spécialistes afin de travailler sur cette part encore mal connue de l’héritage naturel de Saint-Martin, partie intégrante de son identité ».

 

Crédits photo : Réserve nationale naturelle de Saint-Martin (Echasse d'Amérique)

 

À suivre : que sont devenus les animaux domestiques depuis Irma ?

Fanny Fontan
2 commentaires

Commentaires

En tout cas plus de colombes après IRMA qu’après une saison de chasse(donc IRMA moins dévastateur que la chasse). Pal mal de petits singes actuellement, ils étaient remontés vers les maisons à cause de la sécheresse.

J'ai l'impression aussi qu'il y a plus de pélicans (de passage) à Baie Nettlé qu'avant.

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