22.11.2017

Comment Philippe Gustin (re)pense-t-il l’aménagement de Saint-Martin ?

Dans son rapport rendu au gouvernement mardi après-midi, le délégué interministériel consacre un chapitre de quatre pages et demi à l’aménagement de Saint-Martin en vue de prévenir les aléas, un aménagement qui est à «repenser» à court terme*.

Si dès le départ, Philippe Gustin rappelle les règles - «l’Etat ne peut se substituer à la collectivité, seule compétente en matière d’urbanisme, de construction et d’aménagement» - il conçoit que celui-ci «peut apporter son soutien dans le cadre d’une assistance à maîtrise d’ouvrage».

Pour le délégué interministériel, «la fenêtre de tir est très petite» et les «six prochains mois capitaux». Il rappelle ainsi au gouvernement qui a exprimé «son souhait de tirer pleinement les leçons d’Irma et d’accompagner une reconstruction exemplaire», que la tâche s’annonce délicate au vu de «l’urgence et des pressions légitimes des acteurs locaux». Mais à ces derniers, il oppose que «l’un des enjeux sera de prendre le temps nécessaire pour conduire les études et réflexions utiles». «La multiplicité des intervenants et acteurs, la pression des sinistrés pour retrouver une vie normale et leur habitat d’avant le cyclone et l’absence de concertation et de réflexion collective pourraient conduire rapidement à des choix non pertinents», considère Philippe Gustin.

Quatre mesures «préalables

Aussi préconise-t-il quatre mesures «préalables» pour répondre aux besoins immédiats de la population : l’établissement d’un diagnostic précis du territoire, des équipements, du bâti et de la situation des personnes afin d’établir un plan d’action à court terme ; la mise en place un plan d’urgence d’intervention à court terme ; la définition d’une doctrine pour une reconstruction préventive en fonction de la carte des aléas mise à jour et du porter à connaissance qui l’accompagnera
 ; la révision d’un renforcement des capacités d’ingénierie locales afin d’apporter assistance et appui à la collectivité, aux divers établissements publics, ainsi qu’aux services locaux de l’Etat pour conduire ces opérations. 
En sachant que «l’ensemble de ces démarches ne dispensera pas les collectivités d’une réflexion sur le mode de développement qu’elles souhaitent adopter à plus long terme».

Une reconstruction préventive

Parmi ces mesures, cette fameuse «doctrine». Philippe Gustin en parle depuis le début de sa mission. Il faut fixer une doctrine «pour une reconstruction préventive en fonction de la carte des aléas mise à jour». Si la nouvelle carte des aléas sera finalisée d’ici à la fin du mois, le délégué interministériel anticipe certains principes. Il invite ainsi à «définir les conditions d’éventuelles reconstructions en terrains inondables, à réaliser un guide pratique et pédagogique pour la reconstruction, à mettre en place une stratégie conjointe de lutte contre les implantations illégales et 
une police de l’urbanisme et de la construction». Et il insiste sur «la révision des documents d’urbanisme locaux et la prise en compte des nouvelles prescriptions» soit «le respect des normes et l’application du PPRN, le plan de prévention des risques naturels». «Se posera la question de l’urbanisation dans la zone côtière et de l’application stricte de la loi littorale, des nouvelles zones à urbaniser», assure-t-il. Le délégué interministériel l’avait précisé en conférence de presse en octobre : «dans la zone des 50 pas géométriques les habitations sont interdites ; seules sont autorisées les activités économiques». Dans son rapport, il l’écrit noir sur blanc : se posera aussi la question «de la déconstruction à terme de certaines zones urbanisées». Mais ne donne pas davantage de précisions.

Enfin, Philippe Gustin estime qu’il faille  «repenser la construction des bâtiments et promouvoir la qualité qui permettrait de rendre l’île plus résiliente» et que des mesures immédiates doivent être prises pour éviter les erreurs du passé. «Le nombre de logements populaires dévastés qu’il faudra réparer est estimé à environ 4 000. A l’évidence, compte tenu de l’ampleur des destructions et des moyens dont disposent les sinistrés, un grand nombre de réparations seront entreprises par les sinistrés eux- mêmes sans qu’ils ne connaissent les règles de l’art et avec de faibles moyens. Il est donc essentiel d’associer et former les habitants au respect d’un minimum de normes et de techniques de reconstruction et de les accompagner dans les travaux qu’ils entreprennent. A défaut, une grande partie de la reconstruction risque de devenir inadaptée, réalisée dans l’urgence et le provisoire au mépris des règles, et ne proposera aucun progrès significatif par rapport à la situation avant Irma», veut-il faire admettre. Il propose ainsi «des ateliers collaboratifs permettraient de mettre en œuvre des solutions techniques bien comprises par les habitants et les professionnels». Il mise donc sur la formation des professionnels et l’information des habitants.

* Nous évoquerons les mesures à long terme dans un autre article.

Estelle Gasnet
1 commentaire

Commentaires

rapport lucide de la part d'un homme lucide...ce qui n'est pas le cas de tous les acteurs politiques locaux......qui privilégient leur position , leur électorat et leurs biens......parfois mal acquis

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