04.11.2020

Quelle quantité de chlore y a-t-il l'eau qui coule au robinet ?

Le principal défaut qu’un consommateur trouve à l’eau potable est un «goût de javel ». Cela est dû à l’usage de chlore pour la désinfecter. L’an passé, suite à la découverte d’un taux important de bromates dans le réseau de distribution, du dioxyde de chlore a été utilisé. Lorsque l’eau a été rendue de nouveau potable, l’établissement des eaux et de l’assainissement (EEASM) avait indiqué qu’un goût de chlore plus ou moins prononcé pouvait être ressenti par les usagers les semaines suivantes selon l’endroit où ils se trouvaient sur le réseau de distribution, le goût étant plus fort près des réservoirs. Toutefois, depuis, les Saint-Martinois sont encore nombreux à se plaindre régulièrement d'un goût chloré.

Y a-t-il vraiment trop de chlore ? Pour le savoir, nous avons consulté les derniers bulletins de la qualité de l’eau de l’agence régionale de santé (ARS).

Relevés de chlore libre

Le chlore est utilisé pour neutraliser les matières non conformes dans l’eau lors de son traitement dans l’usine. Ensuite, dans le réseau, l’eau contient toujours du chlore que l'on appelle chlore libre. Il est normal que l’eau contienne encore du chlore une fois sortie de l’usine car c’est cette quantité de chlore qui va permettre de nettoyer et désinfecter les canalisations. Selon des articles universitaires (Lechevallier et coll.) publiés en 1996, «une concentration résiduelle de chlore libre de 0,2 mg/L» est considérée comme une «concentration minimale pour empêcher la recroissance bactérienne dans le réseau de distribution».

Une circulaire a été prise en France en novembre 2003 pour réglementer ce seuil minimal de chlore libre : il est ainsi de 0,30 mg/L en sortie de réservoir et de 0,10 mg/L sur le réseau. La circulaire précise cependant pour les systèmes d'alimentation utilisant le bioxyde de chlore en tant que désinfectant final – ce qui est le cas de l’usine de Galisbay – il faut «maintenir une concentration minimale de 0,15 mg/L en sortie des réservoirs et viser une concentration de 0,05 mg/L en tout point du réseau de distribution».

Globalement, la teneure relevée par l’ARS à Saint-Martin* se situe entre 0,10 et 0,15 mg/L. En sortie de réservoirs, les teneurs relevées sont plutôt proches du seuil minimum à avoir. Extraits :

  • le 4 août 2020 : 0,03 mg/L
  • le 7 juillet 2020 : 0,20 mg/L,
  • le 18 mai : 0,17 mg/L,
  • le 4 mai : entre 0,05 et 0,12 mg/L (plusieurs relevés)
  • le 28 avril : 0,09 mg/L,
  • le 6 avril : entre 0,13 et 0,24 mg/L,
  • le 10 mars 2020 : 0,16 mg/L,
  • le 3 mars : 0,08 mg/L,
  • le 13 février : 0,35 mg/L,
  • le 12 février : entre 0,03 et 0,17 mg/L,
  • le 9 décembre 2019 : 0,10 mg/L.

A titre comparatif, au Canada en 2016, «les données fournies par six provinces [ont indiqué] que les concentrations habituelles de chlore libre dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable au Canada [variaient] de 0,4 à 2,0 mg/L à la sortie de l'usine de traitement, de 0,4 à 1,2 mg/L aux points intermédiaires du réseau de distribution et de 0,04 à 0,8 mg/L à l'extrémité du réseau».

Selon l’organisation mondiale de la santé, le seuil de non tolérance par les consommateurs de l’odeur du chlore dans l’eau se situe entre 0,6 et 1 mg/L. En Australie, l’odeur est acceptée lorsque la teneure est inférieure à 0,6 mg/L, aux Etats-Unis entre 0,05 à 0,1 mg/L.

Enfin, l’ARS a relevé le taux de bromates à plusieurs reprises en 2020 et il est toujours inférieur à 5 microgrammes par litre, le seuil à ne pas dépasser étant 10.

* Sur les relevés consultables sur le site du ministère de la santé, les lieux de prélèvement de l’eau ne sont pas précisés.

Estelle Gasnet