22.11.2018

Saint-Martin, seul territoire français sans gilets jaunes... et pour cause

Les prix des carburants avoisinent un euro le litre.

Depuis le 17 novembre dernier, les Français vêtus de gilets jaunes se mobilisent pour dénoncer le prix élevé du gazole. Des manifestations ont lieu un peu partout, y compris à la Réunion. A Saint-Martin, le mouvement n’est pas né car la cause n’est pas à défendre.

En effet, le prix moyen du diesel ou du sans plomb se situe depuis de nombreuses années autour d’un euro le litre ; variant de 0,90 à 1,10 €/l selon les périodes. Dans certaines stations, le diesel est même plus cher que le sans plomb. On est bien loin des prix pratiqués outre Atlantique (de l’ordre de 1,52 € le litre de diesel) ou en Guadeloupe (1,39 €/l de diesel et 1,50 €/l de sans plomb au 1er novembre 2018).

Si une taxation relativement faible – la collectivité prélève 0,12 euro par litre – le prix et le lieu d’achat expliquent en grande partie la politique tarifaire pratiquée. En métropole tout comme en outre-mer, les carburants vendus dans les stations services doivent satisfaire les normes européennes. Ce qui n’est pas le cas en partie française. Une situation connue mais tolérée en raison des enjeux économiques.

Les mouvements sociaux aux Antilles avaient débuté en décembre 2008 en Guyane pour dénoncer justement les prix très élevés des carburants. A l’époque le litre de sans plomb était de 1,77 euro. Durant de nombreuses années, les carburants provenaient d’Amérique du Sud ou de la Caraïbe proche, et étaient peu chers. Mais leur qualité avait été remise en question notamment par les concessionnaires automobiles qui affirmaient devoir changer (souvent sous garantie) fréquemment certaines pièces qui étaient abîmées par les carburants. Aussi a-t-il été décidé de vendre en Guyane des carburants conformes aux normes européennes, soit des produits provenant de la Sara, la raffinerie implantée en Martinique. Si les voitures tombaient moins en panne, les prix à la pompe avaient en revanche flambé. D’où une vague de protestation qui s’était ensuite étendue à la Guadeloupe et la Martinique pour dénoncer d’une manière générale la cherté de la vie.

En partie française de Saint-Martin, en théorie les stations services devraient être approvisionnées ainsi. Mais, si tel était le cas, elles ne pourraient survivre et faire face à la concurrence de Sint Maarten où l’essence n’est pas aux normes européennes. Le prix sortie à la Sara du gazole est de 0,47 €/litre et celui du sans plomb de 0,57 €/litre (à février), c’est à peine quarante centimes de moins que le prix final pratiqué à la pompe à Sint Maarten. En sachant qu’au prix Sara il faut ajouter le coût du transport, les taxes locales et la marge du distributeur. C’est pourquoi les stations services s’approvisionnent hors Union européenne (en l’occurrence généralement à Porto Rico, Sainte Croix, Saint Thomas ou Tortolla) et peuvent pratiquer des prix extrêmement compétitifs… à faire pâlir les gilets jaunes de métropole.

Estelle Gasnet
2 commentaires

Commentaires

Aïe Aïe ! Cet article risque de donner de très mauvaises idées aux décideurs, tous obsédés par l'argent facile.

ici se serait surtout contre les prix de la grande distribution alimentaire côté français, car là il y a vraiment un problème