04.12.2017

Quand les indemnisations des assurances se font attendre

Trois mois après le passage d'Irma, nombreux sont les assurés qui n'ont perçu de leur assureur.

«Les acteurs économiques de l’île aujourd’hui, ce sont les assureurs», affirme un courtier en assurance dans une vidéo réalisée par la compagnie qu’il représente à Saint-Martin et diffusée sur la chaîne You Tube de celle-ci. «C’est-à-dire que c’est nous qui allons envoyer de la finance sur l’île pour lui permettre de redémarrer», précise-t-il. «Il a entièrement raison», commente Paul, un assuré. «Seulement nous ne touchons rien. Presque trois mois jour pour jour après le passage d’Irma, nous n’avons encore rien touché», ajoute-t-il en colère.

Paul n’est pas un cas unique. Les personnes ayant perçu une indemnisation ou un acompte pour les dommages causés à leur logement sont très peu nombreuses. Les assurés qui n’ont pas reçu de propositions alors que leur expert d’assurance est passé il y a plusieurs semaines, s’impatientent. «Le mien est passé une semaine après Irma, aujourd’hui je n’ai encore rien…», rapporte Jacques. «Mon expert est passé début octobre et je n’ai pas de nouvelles pourtant les dégâts ont été moindres», confie Thierry. S’impatientent surtout ceux qui ont besoin de reconstruire car leur logement s’abîme. Certes ils sont autorisés à mettre en sécurité leur bien, mais ils n’ont pas les fonds pour le faire. Ou pour le remeubler. «J’ai tout perdu, canapé, cuisine, lit, machine à laver… J’ai trouvé un appartement pour me reloger dans l’attente des réparations, mais je dois tout racheter ! Et cela coûte horriblement cher. Jusqu’à maintenant, je n’étais pas forcément pressée car tous les magasins n’avaient pas encore rouvert, maintenant ils le sont mais j’ai ce problème d’argent», explique Corinne.

«Les assurances veulent gagner du temps. Elles sont dépassées ! Les experts aussi ! Ils ont trop de dossiers à gérer», conçoit Paul. A Saint-Martin, le nombre de sinistres est de 16 400 selon la fédération française des assurances qui estime à 830 millions d’euros les dégâts, soit 370 millions de moins que la toute première réalisée quelques jours après Irma.

«J’habite dans une copropriété et la semaine dernière le syndic nous a demandé de fournir nos attestations de propriété et nos états hypothécaires. Pourquoi la semaine dernière ? Et pas avant ? Pourquoi attendre pratiquement trois mois ?», s’interroge Louis qui se pose en outre la question de savoir en quoi l’assurance de sa copropriété qui couvre les parties communes, a besoin de son état hypothécaire ; document qu’il avait déjà en revanche fourni à son assurance personnelle.

«Ce n’est aussi que la semaine dernière que mon assurance m’a demandé de faire remplir une autorisation de paiement à ma banque, je ne comprends pas pourquoi on ne me l’a pas dit au tout début lorsque j’ai dû fournir les premiers papiers», se demande Céline.

Par ailleurs, les assurés qui ont eu des propositions d’indemnisations soulèvent un autre problème, celui du montant. «Il ne reflète pas du tout la réalité locale ! Les experts se sont basés sur des prix métropole ! Or, ici, ils sont plus chers en raison déjà du coût du transport», souligne René. «Je veux bien croire que certains artisans tentent de gonfler leur devis mais il ne faut pas oublier que le coût de la vie aux Antilles est plus élevé qu’en métropole», poursuit René.

L’Etat se dit conscient du retard des indemnisations et tente de négocier avec les assurances. La semaine dernière, lors du comité local d’aide aux victimes qui s’est tenu à Saint-Martin, «nous avons mis la pression aux assurances», avait confié la préfète Anne Laubiès. Dans quatre jours, vendredi, cela fera trois mois que l’arrêté portant reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle aura été publié au Journal officiel. Or, selon la règlementation que la fédération française des assurances rappelle sur son site «l’assureur doit verser, sauf cas de force majeure, une indemnisation dans un délai de trois mois à compter soit de la date à laquelle vous lui avez remis l’état estimatif des dommages et pertes subis ; soit, si elle est plus tardive, de la date de publication de l’arrêté interministériel». Et par cas de force majeure, la FFA entend «par exemple, en cas d’inondations tant que la décrue n'a pas permis d'effectuer l'expertise». Ce qui n’est pas le cas à Saint-Martin, les expertises ont bien pu avoir lieu.

Estelle Gasnet
2 commentaires

Commentaires

Je constate que c'est partout pareil. Moi qui habite la Belgique, lorsque vous devez vous acquitter auprès d'une assurance pour un quelconque service, on vous laisse peu de temps mais lorsque la compagnie vous doit quelques sous, alors c'est la galère. A part s'en mettre plein les poches, commes les banque d'ailleurs, ils sont vraiment nuls. De plus, dans notre copropriété certains n'étaient pas assurés et malgré tout il vont percevoir une somme x de l'assurance de la copropriété, c'est à dire nous...Scandaleux!!! !!!

Ce sont des parapluies pour les jours de beaux temps.....

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